Un endroit accueillant et sans jugement, où j'ai trouvé l'écoute, la compassion, un guide qui m'a aidé à faire la lumière en moi.
Un endroit accueillant et sans jugement, où j'ai trouvé l'écoute, la compassion, un guide qui m'a aidé à faire la lumière en moi.
Micheline P.
Organisme sans but lucratif, le Centre-Femmes du Grand-Portage est un lieu d'appartenance où les femmes se regroupent et se donnent ensemble les moyens de conquérir leur autonomie, et ce, selon les besoins de chacune. Il vise l'éducation, la sensibilisation, la prévention de la violence et l'information en matière de condition féminine.
Le Centre-Femmes du Grand-Portage est une ressource où les femmes trouvent aide et réconfort.
Au Centre-Femmes, nous pouvons t'offrir...
* Accueil et référence
* Soutien téléphonique
* Relation d'aide
* Groupes d'échange
* Ateliers de formation (Antidote I et II, Connaissance de soi)
* Cliniques d'information thématiques
Nous disposons également d'un centre de documentation (livres et matériel audio-visuel). Les femmes peuvent consulter et emprunter gratuitement le matériel.
Ma chère Élyse, Je t’annonce que mes procédures de divorce sont offi ciellement terminées! La longue bataille juridique que m’a menée Paul a pris fi n et je vais enfi n pouvoir mettre mes énergies ailleurs. J’avais dû faire une plainte pour harcèlement, tu te souviens? Des conditions ont été imposées à Paul et il a fi ni par comprendre qu’il n’était pas dans son intérêt de poursuivre ses agissements. Il a cessé son harcèlement. Mon avocate a réussi à obtenir une entente raisonnable pour la garde de Samuel et le partage des biens, malgré le peu de collaboration de la partie adverse. Je me sens libérée! Quand je pense qu’il y a un an à peine, je vivais auprès d’un homme contrôlant, qui me dénigrait et maintenait un climat de tension et de peur dans notre foyer. Il avait tranquillement réussi à me faire croire que ses colères contre moi étaient légitimes, mais qu’il m’aimait. Il s’excusait chaque fois, mais trouvait toujours une justifi cation à son comportement et, malgré les promesses, il ne tardait pas à recommencer. Je cherchais constamment à l’apaiser et à lui plaire et j’étais désespérée de voir que les événements violents augmentaient et s’intensifi aient. Je me demandais ce qui n’allait pas, ce que j’aurais dû faire de plus pour qu’il soit heureux. J’étais complètement centrée sur lui et j’en oubliais mes besoins et mes désirs. Tu me disais que tu ne me reconnaissais pas et je te comprends maintenant. Mon estime de moi était bien faible. En dernier, Paul contrôlait nos fi nances, mes déplacements et même mon habillement. Il n’aimait pas ma famille, ni mes amies. Graduellement, je me suis retrouvée isolée. J’étais au bord de la dépression. Je n’avais plus d’énergie et la situation me semblait sans issue. Pour mon fi ls aussi, la vie n’était pas facile. Je croyais faire au mieux en maintenant la famille, mais lorsqu’il m’a confié que son père était violent avec lui aussi, j’ai compris qu’il fallait partir. Je devais le protéger. J’avais honte de me découvrir victime de violence conjugale mais, avec tes encouragements, j’ai demandé de l’aide. Une chance que tu étais là Élyse, à l’affut des signaux de détresse que tu percevais dans mes lettres et nos conversations. Grâce à ton écoute et au support constant de la maison d’hébergement, mon fi ls et moi sommes en sécurité maintenant et nous avons repris confi ance. Avec le recul, je me rends compte que nous avons beaucoup cheminé tous les deux. Nous avons compris que la violence que nous avons vécue a eu des conséquences néfastes, mais pas irréversibles. Nous avons appris à prendre soin de nous et à rebâtir notre vie sur des bases plus saines. Sans être méfi ante, je suis plus attentive aux indices lorsque je rencontre une nouvelle personne et je porte attention à mes impressions, à ce que je ressens en sa présence. Aujourd’hui, je sais ce qui est bon pour moi et pour Samuel. Je sais aussi ce que je ne veux plus accepter. J’ai repris confiance en moi et en l’avenir. Je reconnais mes forces et je sais que je mérite d’être heureuse. Et ça, c’est beaucoup grâce à toi. Merci pour tout ! Sylvia
Sylvia, Enfin rendue chez toi ! Ça m’émeut quand je repense à tout ce que tu as accompli. Je constate en lisant ta lettre que la violence de Paul est toujours présente malgré ton départ. Je trouve malheureux qu’il continue d’utiliser la violence psychologique et verbale afin de t’atteindre, mais c’est rassurant de savoir que tu as vu des stratégies de protection avec ton intervenante et que tu es maintenant en sécurité chez toi. Quelle chance que tu puisses toujours compter sur l’aide de la maison d’hébergement même après ton départ. J’imagine que des liens se sont fort probablement tissés pendant ton séjour avec certaines femmes et intervenantes ! Je sais que ta nouvelle vie de maman monoparentale t’apportera de nouveaux défis, mais avec tout l’amour que tu portes à Samuel, j’ai confiance que vous y trouverez votre chemin. Il n’y a pas si longtemps, je constatais que ma grande amie avait besoin d’aide. Je t’entends encore me raconter tes peurs et tes souffrances de vivre sous l’emprise de la violence. Je te sentais t’éteindre, perdre cette joie de vivre qui te caractérisait si bien. Lorsque j’ai vu tous nos amis se joindre à nous pour ton déménagement, ça m’a rappelé à quel point je te sentais isolée de tous lorsque tu vivais avec Paul. Même les liens avec tes parents et ta famille en souffraient. De te voir sourire au côté de ta mère et de revoir votre belle complicité d’antan est agréable. Au départ, tu étais tellement hésitante à parler de violence, j’ai compris comment cela pouvait être difficile de s’avouer même à soi-même que l’on vit de la violence conjugale. Cependant, avec tes problèmes de santé de plus en plus présents et les difficultés de Samuel qui souffrait de toute cette brutalité, tu as compris que tu devais agir et rapidement. Cela t’a pris bien du courage de prendre contact avec une maison d’hébergement afin de recevoir de l’aide, mais je suis certaine qu’aujourd’hui tu t’en félicites. En tout cas moi, depuis tu m’impressionnes chaque jour avec ta force et tes accomplissements. De voir tout le chemin parcouru, ta reprise de pouvoir sur ta vie et la force dont tu fais preuve devant les démarches à accomplir est admirable. Tout cela dans un seul but, celui de vivre à l’abri de la violence. Mais tu es la preuve vivante que la réorganisation de toute une vie sans violence est chose possible. Je me sens privilégiée d’être ton amie et d’avoir pu te soutenir dans cette période de vie plus difficile pour toi. Si je pouvais, je publierais un article dans un journal local afin de crier haut et fort à tous que la violence conjugale est inacceptable et que l’on doit tous faire notre part afin que cela change. J’encouragerais tous ceux qui soupçonnent une situation de violence à la dénoncer et à ne pas hésiter à venir en aide à une femme dans le besoin. Tendre la main peut faire toute une différence, n’est-ce pas Sylvia ! Je te souhaite beaucoup de bonheur dans ta nouvelle vie ! Amicalement pour la vie, Élyse
Bonjour Élyse, Comment vas-tu ? De mon côté, les choses s’organisent bien. Ça fait déjà un mois que j’ai emménagé dans mon nouveau chez-moi ! Je commence à être bien installée. Je voulais te remercier de ton aide et aussi d’avoir pris la peine de mobiliser tous nos amis pour mon déménagement. J’étais tellement surprise et heureuse de voir qu’il y avait tant de gens prêts à me donner un coup de main. J’étais si fébrile ce jour-là, tu te souviens ? À l’idée de partir de la maison d’hébergement pour voler de mes propres ailes, j’étais joyeuse, excitée, mais je ressentais aussi un peu d’inquiétude à l’idée de cette nouvelle vie qui m’attendait. De vous voir tous présents pour moi m’a fait chaud au coeur. Je me souviens que j’étais inquiète à cause des derniers contacts téléphoniques que j’avais eus avec Paul. Il avait commencé par me faire des promesses mais, lorsqu’il avait compris que je ne le croyais plus, il s’était mis en colère. Avec le recul, le bon côté de ces échanges qui m’avaient tant ébranlée, c’est que si j’avais encore des doutes pour le divorce, ce n’était plus le cas après l’avoir entendu. Et comme j’étais encore en maison d’hébergement, mon intervenante était là pour me soutenir. Nous avions regardé ensemble des stratégies de protection et je suis partie plus forte et outillée pour l’avenir. Parlant de la maison d’hébergement, une intervenante m’a téléphoné hier. Elle voulait prendre de nos nouvelles et nous inviter à une activité estivale pour les ex-hébergées. J’ai été touchée par cette attention. Elle m’a rappelé que je pouvais avoir un suivi individuel en externe pour moi ou pour mon fils. On en avait parlé pendant mon séjour, mais avec le déménagement et tout le reste, j’avais d’autres priorités et j’ai oublié. Mais, je pense que maintenant que nous nous sommes posés un peu, ce serait une bonne chose pour tous les deux. C’est certain que nous avons à nous adapter à beaucoup de choses dans notre nouvelle vie. Comme mère monoparentale, je me sens parfois un peu seule et cela me demande plus d’organisation depuis mon retour au travail. Et puis, j’ai des démarches légales en cours qui me stressent un peu. Quant à Samuel, il doit se faire de nouveaux amis à l’école et il aurait peut-être aussi besoin de parler de sa relation avec son père, qu’il voit régulièrement. Nous sommes encore en période d’adaptation, mais je peux déjà dire que notre vie a pris un tournant plus positif. Nous passons de beaux moments tous les deux dans notre nouvel appartement, que nous avons décoré à notre goût et où nous vivons paisiblement, sans violence, ni contrainte. Je voulais te remercier Élyse de m’avoir aidée à ouvrir les yeux sur ma situation et de m’avoir soutenue, même pendant mes périodes de doute. Merci de m’avoir parlé des maisons d’hébergement. J’ai pu y faire mes démarches en toute sécurité et je sais que je pourrai toujours compter sur leur aide. Mon séjour m’a appris beaucoup de choses sur moi et m’a permis de cheminer personnellement. J’ai encore plein de défis à relever, mais je me sens plus forte et je sais qu’avec leur soutien et ton amitié, j’y arriverai. Samuel et moi te sommes reconnaissants. Tu avais raison, c’est possible ! Sylvia
Sylvia, Ma nouvelle Sylvia, Wow, comme tu es efficace ! Tes démarches avancent à grands pas. C’est vraiment agréable de penser que tu seras bientôt chez toi. Cela doit t’enlever un brin de pression. En lisant ta lettre et le passage sur l’exercice du cercle, j’ai pensé à un article paru dans une revue. Tu sais le genre que j’adore, avec les petits tests psychos-pops rigolos. Un psychologue y parlait des différences dans l’éducation des hommes et des femmes. Il abordait la socialisation en énumérant ce que la société attend d’une fille et d’un garçon. Selon lui, encore aujourd’hui, une femme se doit d’être douce, émotive, serviable, séduisante, toujours prête à aider les autres tout en étant une bonne fille, une épouse dévouée, puis une mère aimante et une grand-maman disponible. Il parait même que de s’inquiéter pour ses proches est un comportement socialement désirable pour une femme. C’est une preuve d’amour. En bonne mère de famille, on s’inquiète pour nos enfants, nos parents, nos amies, notre mari. Pour un homme, la société attend de lui qu’il ne montre pas trop ses émotions. Sa colère est plus acceptée que celle des femmes, mais il doit être fort, autoritaire, protéger sa famille et tenir le rôle du pourvoyeur. Autrement dit, nos enfants apprennent dès le départ qu’ils seront valorisés s’ils adoptent des comportements stéréotypés. Lorsque j’ai terminé ma lecture, je me suis aussitôt écriée «Il faut que ça change!!!». Ma patronne se demandait bien ce que j’avais à m’exclamer ainsi au beau milieu d’une cafétéria bondée. Mais, impossible de me taire. Imagine ce que vivent les personnes qui n’entrent pas dans le moule ! Et sans un changement des mentalités, comment contrer la violence conjugale ? En apprenant à nos filles à se centrer sur les besoins et le regard des autres plutôt que de prendre soin d’elles, est-ce qu’on ne risque pas de créer un terreau fertile pour des rapports inégaux dans un couple et possiblement le contrôle et la violence? Je mentirais si je disais que je ne me reconnaissais pas en lisant cet article. Je suis présente sur le marché du travail et on attend de moi que je sois efficace et compétitive. Mais les responsabilités liées à mon rôle traditionnel demeurent et entrent souvent en conflit avec les nouvelles exigences que je dois rencontrer. J’ai tout de suite fait le lien avec ce que tu m’as raconté au sujet de ta belle-mère. Son air de reproche visait probablement à te faire sentir coupable de t’éloigner du comportement attendu de toi. La culpabilité est tellement présente dans nos vies… Ta belle-maman se sent responsable au point de se sacrifier pour le bonheur des autres. Mais, le prix à payer est très élevé, surtout dans un contexte de violence conjugale. J’espère qu’en te voyant faire, elle se dira qu’il y a de l’espoir, que c’est possible pour elle aussi de vivre sans violence… J’ai hâte que l’on puisse échanger toutes les deux sur ce sujet si prenant devant un bon café latté et confortablement installées dans ton nouveau salon !!! Grosse Bise xxx Élyse
Chère Élyse, J’ai une bonne nouvelle à t’annoncer. J’ai trouvé un appartement ! J’ai signé mon bail ce matin. Je suis tellement contente. J’avais peur de ne pas trouver à me loger à un prix abordable, car mes revenus sont un peu trop élevés pour avoir droit à un logement subventionné. Une des femmes hébergées avec moi va déménager dans un appartement. Deuxième étape pour un an. C’est un type de logement qui permet aux femmes victimes de violence conjugale de réapprendre à vivre seule dans un lieu sécuritaire et supportant pour elles et leurs enfants. Il y a des règlements à respecter et le conjoint ne doit pas connaître l’adresse, mais c’est une protection supplémentaire pour cette femme car son mari est très dangereux. Moi, j’ai entendu parler d’une coopérative d’habitation qui recherchait un membre avec des aptitudes en comptabilité. Pile dans mes cordes. Ce n’est pas le grand luxe, mais il y a deux chambres et Samuel pourra se faire des amis car il y a des enfants dans l’immeuble. Je déménage dans trois semaines. Ouf ! Ça me donne tout juste le temps d’organiser mon départ. J’étais stressée au début, car j’avais des choses à prendre chez moi. Mon père m’a offert d’y aller avec moi, mais j’avais peur que les choses dégénèrent si Paul était là. Heureusement, mon intervenante m’a dit qu’elle pouvait m’accompagner avec les policiers pour récupérer mes effets personnels. Lorsque j’y suis allée, ma belle-mère était là. Elle m’a regardé d’un air de reproche et je me suis sentie mal, mais tout s’est passé dans le calme. Les policiers étaient compréhensifs et je me sentais en sécurité. Tu sais, en repensant à mes beaux-parents, je me suis demandé si ma belle-mère ne vivait pas de la violence conjugale. Elle est si effacée et nerveuse quand mon beau-père est là. Il décide de tout. Elle ne réplique jamais quand il lui coupe la parole, lui manque de respect ou lui donne des ordres. Je sais qu’on lui a enseigné depuis qu’elle est toute petite qu’elle devait servir son mari et se sacrifier pour le bonheur des autres. C’est sans doute pourquoi elle prenait toujours la défense de Paul quand elle était témoin de ses agissements. Pour elle, la femme a la responsabilité de préserver la famille à tout prix. Moi aussi, j’ai intégré des messages sur les devoirs des femmes et des mères. Je m’en suis rendue compte à la dernière thématique que nous avons eue. On devait préparer un cercle dans lequel on plaçait le nom de toutes les personnes importantes pour nous et l’espace qu’elles tenaient dans notre cercle. Eh bien, peux-tu le croire ? La moitié des femmes n’avaient pas inscrit leur propre nom dans le cercle. Et moi non plus! Ça m’aide de pouvoir partager avec les autres femmes hébergées. On se soutien, on se comprend et on se donne des trucs pour passer à travers les difficultés. Une de nos préoccupations est que nos garçons et nos filles vivent des relations saines plus tard. Qu’ils apprennent à s’aimer et à se respecter. J’espère que mon départ aura démontré à Samuel que la violence n’est pas acceptable dans un couple. Je te recontacte bientôt. J’ai très hâte de pouvoir t’inviter dans mon nouveau chez moi. Sylvia
Chère Sylvia, Je suis heureuse d’avoir de tes nouvelles et de savoir que Sam et toi avez enfin pu parler à coeur ouvert. J’ai été touchée par tes remerciements. C’est moi qui ai toute une chance de t’avoir comme amie. Je te trouve tellement courageuse devant les difficultés, tu es un exemple pour moi. Disons simplement que l’on pourrait un jour chanter ensemble le classique de Jean-Pierre Ferland « une chance qu’on s’a ». Encore une fois, tu m’as fait réfléchir cette semaine. Ta dernière lettre m’a confirmé que la violence conjugale ne fait pas de discrimination, qu’elle touche les femmes de tous les âges et de tous les groupes sociaux, peu importe leur culture. En pensant à cette femme dont tu m’as parlé, je me disais qu’il n’a pas dû être facile pour elle d’apprendre la langue et de s’adapter à notre réalité culturelle alors qu’elle était victime de violence. C’est terrible de voir à quel point la dépendance économique et sociale découlant du parrainage l’a placée, dès le départ, dans un contexte de vulnérabilité. Personnellement, je me suis liée d’amitié au travail avec une femme immigrante qui est ici depuis plus de 10 ans. En discutant avec elle lors d’un dîner, j’ai été surprise par ce qu’elle me racontait. Je pensais à tort que ces femmes étaient moins vulnérables, qu’elles connaissaient les ressources d’aide… mais ce n’est pas toujours vrai. Parfois, elles ont peu de contacts en dehors de leur famille et se retrouvent encore très isolées. Malheureusement, cet isolement est souvent amplifié par les préjugés qu’elles doivent affronter. Cela me choque lorsque j’entends des gens, pourtant intelligents, justifier la violence et le contrôle d’un mari sous prétexte que ce serait culturel chez eux. Eh bien non, la violence n’est normale nulle part et pour personne !!! La violence conjugale n’est pas justifiable ! Le fait qu’elle soit malheureusement perçue comme socialement acceptable dans certains pays n’est pas une raison valable pour ne pas la dénoncer ici. Peu importe la culture d’origine, la violence conjugale est et reste, le désir du conjoint de maintenir le contrôle sur sa partenaire et d’obtenir des gains en utilisant des rapports de force. Bon voilà que je m’emporte, mais que veux-tu, l’injustice me trouble. Mon amie me racontait que plusieurs choses ont heurté ses valeurs au départ, mais que l’adaptation est possible. Les femmes immigrantes doivent souvent faire face à une conception des rapports hommes femmes dans la société d’accueil qui diffère de celle de leur pays d’origine. Cette réalité fait en sorte que certaines mettront plus de temps avant de demander de l’aide. D’autant plus, si elles ont perdu toute estime d’ellesmêmes dans un contexte de violence conjugale ou si elles viennent dans un pays où la confiance envers les autorités a été ébranlée. Mais heureusement, l’expérience de cette femme hébergée et celle de mon amie nous prouve que c’est possible ! Merci de m’avoir fait partager cette histoire inspirante. Comme toi, cette femme a démontré une grande force et je suis encore plus remplie d’espoir, pour toutes les femmes, peu importe leur provenance. Continue d’être celle que tu es, si vraie, si authentique. Élyse
Ma chère Élyse, =Tu te souviens, je t’avais écrit que j’avais du mal à trouver les mots pour expliquer à Samuel la raison pour laquelle nous avons quitté la maison ? J’ai enfin décidé de me faire confiance et de répondre simplement à ses questions. Nous sommes allés marcher et j’ai vérifié comment il se sentait. C’est comme s’il avait enfin la permission de parler et il m’a ouvert son coeur. Il se sent bien et en sécurité ici, mais il se croyait responsable de notre départ. Je l’ai rassuré. Il a pleuré, s’est choqué et a rit. Il aime beaucoup ses nouveaux amis et son intervenante. Cette rencontre a été bénéfique pour nous deux. Je lui ai dit de venir m’en parler s’il avait des inquiétudes, que je serai toujours là pour lui. Tu sais, j’ai vu mon avocate et je poursuis ma recherche de logement mais, en plus du temps pour mes démarches, mon séjour en maison d’hébergement me donne la chance de faire de belles rencontres. Je pense à une femme qui est arrivée il y a 3 jours. J’ai été touchée par son histoire à la fois si différente et si semblable à la mienne. En l’écoutant, j’ai réalisé que si la violence conjugale a de lourdes conséquences pour toutes celles qui la subissent, il y a des femmes pour qui c’est une vraie course à obstacles de s’en sortir. Cette femme n’est pas née ici. Elle est venue rejoindre son mari au Québec il y a 2 ans. Elle a laissé derrière elle parents et amies et a dû s’adapter au climat, à la nourriture, à la culture. Seule à la maison avec sa petite fille et sans connaître la langue, elle se sentait anxieuse, incomprise et sans importance. Dans son pays, son mari était déjà agressif et contrôlant, mais les gens lui disaient de rester avec lui car un divorce, c’est la honte pour la famille. Elle m’a confié qu’après que son mari l’ait parrainée, la situation s’est détériorée au point qu’elle a craint pour sa vie. Elle ne savait pas quoi faire, car elle ne connaissait pas nos lois, ni les ressources disponibles. Heureusement, au groupe de francisation elle a appris qu’elle pouvait obtenir de l’aide gratuite et confidentielle pour elle et sa fille. Mais, elle avait peur. Son mari était garant d’elle pour 3 ans et elle craignait d’être expulsée du pays et de perdre son enfant en le quittant. Elle m’a appris qu’un parrain doit rembourser ce que la personne parrainée reçoit en prestations sociales. Elle ne voulait pas imposer cette charge à son mari. « Mais comment nourrir ma fille si je ne trouve pas de travail ? » Elle était complètement dépendante de l’homme qui la brutalisait. Elle avait honte et n’osait pas en parler. C’est seulement après avoir été hospitalisée suite à une agression de son mari qu’elle a demandé de l’aide. Sa situation est complexe à cause de son statut d’immigrante et ses démarches sont nombreuses, mais quand l’intervenante lui a dit que le Ministère de l’Immigration reconnaît la violence conjugale comme motif pour rompre l’engagement de parrainage, elle a été vraiment soulagée. Elle comprend mieux le français maintenant, mais elle a apprécié d’avoir la possibilité d’obtenir des documents dans sa langue et de faire appel à une interprète au besoin pour ses rencontres de suivi. Je la trouve si courageuse. Si je te raconte tout ça, c’est que je voulais te remercier Élyse. Ta confiance en moi me donne l’énergie dont j’ai besoin en ce moment. Je me rends compte que j’ai beaucoup de chance de t’avoir eu auprès de moi dans cette période difficile. Merci d’être là. Sylvia
Sylvia, Je suis d’accord avec toi, mon amie. Quitter Paul était la seule solution possible. Tu étais en train d’y laisser ta santé et Samuel aussi. Il est normal que Samuel et toi ressentiez encore des effets de la violence que vous avez subie et ce, même après avoir quitté la maison. Seuls le temps et la persévérance dans tes démarches pourront t’apporter la tranquillité que tu mérites tant. Et pour ton petit Samuel, j’ai confiance qu’avec de l’amour, de l’attention et de la compréhension, toutes ces choses qu’il a toujours pu trouver auprès de toi, il s’en sortira sans trop de séquelles. De toute façon, en vivant dans une maison où la violence est présente, je suis convaincue que les conséquences à long terme sur ton fils auraient été plus importantes. D’avoir à accomplir toutes ces démarches si rapidement doit te prendre de l’énergie. Mais, j’imagine que le fait de savoir qu’après tu vivras dans un foyer sans violence, en sécurité avec ton fils, doit te donner la force de traverser ces étapes. Je ne sais pas si tu sais à quel point j’étais inquiète lorsque je lisais tes premières lettres Sylvia. Je ne te reconnaissais plus. Et tu vois, après seulement quelques jours sans vivre de la violence, je vois déjà ta fougue revenir. Tu es active dans tes démarches et ton énergie, tu la mets à la bonne place – pour toi et ton fils. Je suis vraiment impressionnée par ton courage et ta détermination. À travers toi, j’ai appris que lorsqu’on vit dans la violence, notre vision de la réalité est biaisée car nous sommes trop influencées par le discours de notre « amoureux ». J’avais parfois l’impression que tu perdais ta personnalité propre, que tu étais centrée uniquement sur ton conjoint. Je te vois actuellement te transformer et je trouve que c’est super beau de te voir aller. Je te sens vraiment plus en possession de tes moyens. Cela me réconforte d’apprendre que tu as le soutien de ton patron, qui t’aide à sa manière à te sortir de l’emprise de la violence conjugale. Je comprends dans ta lettre que tu es bien entourée par les intervenantes en maison d’hébergement afin que ton séjour soit un tremplin vers une vie nouvelle, mais si tu as besoin de moi pour quoi que ce soit, n’hésite surtout pas à me contacter. Ne lâche pas ma Sylvia, tu es capable ! Ta grande complice, Élyse
Chère Élyse, Comment vas-tu ? Moi, ça va. Tu sais, nous sommes bien à la maison d’hébergement, mais parfois je me sens coupable. Hier, Samuel cherchait un de ses jouets préférés et j’ai réalisé que je l’avais oublié en partant de la maison. Il m’a demandé si nous pouvions aller le chercher et je n’ai pas su quoi lui répondre. Comment lui expliquer que j’ai trop peur de croiser son père? Je me demande si Samuel m’en veut d’avoir chamboulé sa vie. Il n’en parle pas. J’espère qu’il ne croit pas que c’est de sa faute si j’ai quitté Paul. Les révélations qu’il m’a faites sur les comportements de son père envers lui ont peut-être précipité ma décision, mais tôt ou tard j’aurais dû partir. C’était une question de survie. Heureusement, je vais voir l’intervenante mère-enfant demain. Je suis certaine qu’elle pourra m’aider à trouver des moyens pour expliquer les choses simplement à Samuel. Ensuite, elle discutera avec Sam. Il pourra se confier un peu. J’essaie d’être à son écoute le plus possible, mais j’ai tant de choses en tête… J’ai d’ailleurs eu du mal à m’endormir la nuit dernière. Je pensais à Samuel et aussi à ma dernière rencontre avec Mary, mon intervenante de suivi. Nous avons discuté de mes besoins et de mes objectifs pendant mon séjour. J’avais de nombreuses questions concernant mes droits et les démarches qui m’attendent. Comme je pense à divorcer, elle m’a demandé si je songeais à demander la garde provisoire de Samuel dans un premier temps. Mary m’a aussi informée des critères pour avoir droit à l’aide juridique. Je ne pense pas être admissible, mais je dois me trouver un avocat. J’ai besoin d’informations concernant ma situation personnelle et le patrimoine familial. Mary m’a remis les coordonnées de quelques avocats. Nous avons aussi parlé de la médiation familiale. Elle m’expliquait que c’est un bon système lorsque les deux parties sont de bonne foi, mais que la loi prévoit des exemptions dans les cas de violence conjugale. Parmi les démarches que je dois faire, il y a aussi la recherche d’un logement Je vais faire un budget pour savoir quel loyer je peux me permettre. J’aimerais trouver un petit appartement près d’un parc. Il faudra sans doute que Samuel change d’école… Je jonglais à tout ça et à mon patron, qui a gentiment accepté que je prenne mes vacances tout de suite. Je ne sais pas si je t’avais dit que Paul est passé plusieurs fois depuis mon départ ? Il téléphone souvent au bureau. Mon retour au travail me stresse. Trop nerveuse pour dormir, je me suis levée. Tout était tranquille dans la maison. Je me suis préparé une tisane et l’intervenante de nuit est venue me tenir compagnie. On a discuté de tout et de rien. Finalement, je me suis détendue et je suis allée me coucher. Ce matin, je suis passée à l’action. Le fait d’avoir accès à internet sur place me facilite les choses. J’ai trouvé l’information dont j’avais besoin et j’ai fait de nombreux appels. J’ai obtenu un rendez-vous avec une avocate et je la rencontre lundi. Mon intervenante a vérifié avec moi pour savoir si j’avais besoin qu’elle m’accompagne pour ce rendez-vous. Je crois pouvoir y aller seule, mais ça m’a rassurée de savoir que c’était possible. Comme tu vois, les choses bougent vite en ce moment, mais je suis bien entourée. Au plaisir de te revoir bientôt. Je t’embrasse. xxx Sylvia Sylvia
Sylvia, J’ai lu ta dernière lettre avec tellement d’enthousiasme, j’y ai appris tant de choses. Je ne savais pas qu’il existait tant de différences entre une chicane de couple et un événement de violence conjugale ! Les indices que t’a donnés l’intervenante sont des outils précieux qui amènent un nouvel éclairage sur ce que tu as vécu. Je t’entends encore me raconter dans tes premières lettres tout l’isolement que tu vivais et la relation avec ta mère qui en souffrait énormément. Tu devais même lui demander de faire attention à ses paroles devant Paul afin d’éviter les confrontations. Je te trouve bien courageuse, ma Sylvia, d’être capable d’ouvrir et de partager ton quotidien avec des personnes qui t’étaient inconnues il n’y a pas si longtemps. En même temps, cela doit être rassurant de constater que tu n’es pas seule et de pouvoir parler librement. En tout cas, moi de l’extérieur, je me dis que la violence conjugale, ça ne peut pas être seulement l’affaire d’une ou des femmes, c’est un problème de société ! Avec les dernières semaines, j’ai réalisé à quel point ce n’est pas simple d’identifier la violence conjugale qu’une femme peut vivre. Je me suis aussi questionnée à savoir si c’était par peur ou par ignorance que si peu de gens réagissent lorsqu’ils sont témoins d’une agression. Je sais par expérience que lorsqu’un couple de voisins ou d’amis se « chicane », personne n’a envie d’y mettre son grain de sel, même lorsque cela prend des tournures de violence. Déjà, le simple geste de téléphoner aux policiers permettrait de vérifier si quelqu’un a besoin d’aide et au besoin assurer la sécurité d’une femme et de ses enfants en cas de violence conjugale. Malheureusement, dans le cas contraire, le silence et l’indifférence isolent les victimes et cautionnent les agresseurs. Et je me suis dit, «si on a des doutes qu’une amie, une soeur ou une collègue est victime de violence, pourquoi ne pas lui remettre discrètement une carte, un dépliant ou le numéro d’une maison d’hébergement?» J’ai compris en t’accompagnant à quel point le fait de tendre la main peut faire une différence dans la vie d’une femme et d’un enfant. Je suis si heureuse d’apprendre que vous êtes bien à la maison d’hébergement. De vous savoir en sécurité maintenant et à l’abri de cette violence qui vous détruisait à petit feu est une récompense en soi pour moi. En plus, j’ai bon espoir de bientôt retrouver ma complice d’autrefois avec sa fougue et son positivisme à toute épreuve. Reprends tes forces et reprends ta vie, car elle t’appartient. Continue ton chemin. Élyse
Bonjour Élyse, Je te remercie pour ta lettre pleine de sollicitude. Je savais que tu comprendrais ma décision de quitter Paul. J’avais bien senti ton inquiétude pour Samuel et moi. Aussi, je voulais te dire que nous nous adaptons bien à la vie en maison d’hébergement. Il y a des règlements et quelques tâches à faire, mais on m’a bien expliqué pourquoi à mon arrivée et je suis d’accord si c’est pour faciliter la vie communautaire. Tu sais, Sam s’est déjà fait de nouveaux amis. Une petite fille de son âge et un garçon un peu plus âgé. De mon côté, j’ai fait la connaissance des cinq autres femmes hébergées. Je ne mentionnerai pas leur nom pour respecter leur anonymat. La confidentialité est très importante pour assurer notre sécurité. Mais je peux dire qu’elles semblent très sympathiques. Au début, j’étais assez retirée et je n’osais pas parler. Je ne savais pas si j’étais à ma place ici. Mais hier, nous avons eu une rencontre de groupe sur le thème « Quel serait le bon partenaire pour moi? » et ça m’a permis de mieux les connaître. Je me suis reconnue lorsqu’elles parlaient de ce qu’elles avaient vécu avec leur conjoint. Il y avait des différences bien sûr, mais j’ai compris que je n’étais pas seule. Au début de la thématique, on devait écrire ce qu’on cherchait d’un partenaire et ce qu’on ne voulait pas. Puis, on a parlé de la différence entre une relation saine et une relation où il y a de la violence conjugale. Je pensais que l’intervenante allait dire que la différence était l’absence de chicanes, mais non. Elle a dit de nous centrer sur ce que nous ressentons pendant un conflit avec notre conjoint. Si je sens que je suis dans un rapport d’égale à égal et que je peux faire valoir mon point de vue, je suis probablement dans une relation saine, même s’il y a de la colère. Mais si la discussion n’est pas possible, que je me sens agressée, dominée ou obligée de modifier mes comportements pour acheter la paix ou parce que j’ai peur, ce sont des indices d’une relation violente. Elle a posé des questions pour nous aider à faire la différence en analysant une chicane qu’on a eue dans le passé. Est-ce que tu sentais que ton conjoint voulait gagner du pouvoir sur toi? Est-ce que tu banalises les gestes violents qu’il pose ou te blâmes de sa violence ? Après une agression, est-ce qu’il te fait des excuses, des promesses, te donne des cadeaux ? Et enfin, qui est blessée, humiliée, appauvrie, isolée de sa famille ? J’ai repensé aux disputes avec Paul. Je ne sentais pas que j’avais mon mot à dire. Même lorsqu’il s’excusait de m’avoir blessée, il trouvait le moyen de me faire sentir coupable de ce qui était arrivé. Et quand j’y pense, il finissait toujours par avoir gain de cause. Tu te souviens comment il a réussi à me convaincre de refuser cette promotion ? Il m’a fait sentir coupable, m’a crié dessus, bousculée et finalement il m’a eue en pleurant et en disant vouloir ce deuxième enfant qu’il m’avait toujours refusé. Je lui en veux pour ça, mais je m’inquiète pour lui. J’ai tant de choses à penser et à faire. Mon intervenante m’a rappelé que je venais d’arriver et que je pouvais prendre un peu de temps pour moi et Samuel. C’est vrai. Je vais refaire mes forces quelques jours. Je te recontacte bientôt. Amicalement, Sylvia. Sylvia
Chère Sylvia, Quelle bonne idée tu as eu de téléphoner de ton bureau afin d’obtenir de l’aide. Je crois que dans la situation explosive dans laquelle tu te sentais prise, c’était sans aucun doute la meilleure façon de faire afin d’éviter tout débordement de violence de la part de Paul. Je me suis bien gardée d’insister sur mes peurs la semaine passée pour ne pas t’inquiéter plus que tu ne l’étais déjà. Après tout, tu avais assez de tes angoisses sans vivre les miennes. Mais je dois avouer que je suis plus rassurée de te savoir désormais dans un lieu sécuritaire. Quel soulagement ça doit être pour toi d’avoir pu enfin parler à quelqu’un de l’extérieur de ce que tu vis sans te sentir jugée. L’expertise des intervenantes qui travaillent en maison d‘hébergement te permettra assurément d’avoir un nouvel éclairage sur ta situation. Il y a énormément de femmes et d’enfants qui bénéficient de leurs services tout au long de l’année. J’ai réalisé l’ampleur du fléau lorsque j’ai lu un article la semaine passée dans le journal local où l’on pouvait apprendre qu’une Québécoise sur 5 risque d’être victime de violence conjugale dans sa vie, sans égard à son statut social, son âge ou son revenu. J’ai compris que la victime ça pouvait être tant la caissière du dépanneur que la directrice de l’école. Malheureusement, aucune femme ne peut se considérer à l’abri de la violence conjugale, pas même moi. Ce sera sûrement facilitant pour toi de ne pas avoir de contraintes financières pour t’héberger, en plus de tout le reste qu’il te faut régler. Sans parler que si tu sens le besoin de rencontrer quelqu’un, il y a une intervenante sur place en tout temps. De savoir que tu as des gens pour te soutenir, t’écouter et te conseiller est libérateur pour moi aussi. Je m’en faisais tellement pour toi ma grande amie. Cela dit, je sais qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir afin que vous retrouviez, Sam et toi, une vie équilibrée. Mais, c’est un bien grand pas vers la liberté que tu viens d’accomplir. Si jamais je peux t’être utile dans tes démarches ou si tu as besoin de quelque chose, n’hésite pas à m’en parler. Sur ce, je te laisse aller prendre soin de toi et de ton bout de chou. Embrasse-le pour moi. J’attends d’autres nouvelles. Inconditionnellement! Élyse
Ma grande amie, J’ai du mal à y croire, mais ça y est… J’ai fait le grand saut. Je suis partie de la maison avec mon fils ce matin. Lundi midi, j’ai contacté une maison d’hébergement afin de prendre de l’information. Je ne voulais pas appeler de la maison, alors je suis restée dans mon bureau lorsque mes collègues sont sortis dîner. L’intervenante à qui j’ai parlé a pris le temps de m’écouter et de répondre à toutes mes questions. Elle était bienveillante envers moi et je ne me suis pas sentie jugée. Nous avons parlé de ce qui m’amenait à demander de l’aide, de ma relation avec Paul et de mes craintes. Nous avons regardé ensemble les options possibles pour moi, si j’avais un endroit sécuritaire où aller. Lorsque j’ai mentionné à l’intervenante que je craignais que mon mari ne vienne me harceler chez ma mère si je m’y installais, elle m’a demandé si j’avais envisagé la possibilité de venir en maison d’hébergement. Elle m’a parlé de la réalité de la vie communautaire et de l’aide offerte par les maisons d’hébergement. J’ai été soulagée d’apprendre qu’il n’y avait pas de frais pour la chambre, les repas et les rencontres d’intervention pour les femmes et les enfants. Ça donne le temps de se remettre sur pieds. Elle m’a expliqué que leur maison était comme une grande demeure familiale avec des aires communes, dont le salon, la cuisine et la salle de jeux, quelques bureaux et des chambres privées. J’ai senti que c’était ce que je devais faire et j’ai demandé si on pouvait me réserver une chambre. Je voulais partir le plus vite possible, car j’avais peur que Paul ne se rende compte d’un changement dans mon attitude. Il y avait bien une chambre disponible pour Samuel et moi. L’intervenante m’a donc aidée à planifier mon départ de façon sécuritaire. Après avoir raccroché, je me sentais fébrile mais plus sure de moi. Le lendemain matin, dès que Paul est parti pour le bureau, j’ai avisé mon patron que je n’irais pas travailler et j’ai informé l’école que Samuel serait absent. J’ai écrit un mot à Paul, puis j’ai dit à Samuel que nous allions dans un endroit pour nous reposer tous les deux. Ensuite, j’ai préparé nos valises et nous sommes partis. Trente minutes plus tard, je sonnais à la porte de la maison d’hébergement. L’intervenante nous a accueillis chaleureusement. Elle nous a fait visiter la maison. C’est calme et bien aménagé. Nous avons une chambre juste pour nous deux. On nous a présenté les autres résidentes. Ensuite, pendant que Samuel s’amusait dans la salle de jeux avec l’intervenante jeunesse, j’ai rencontré mon intervenante dans son bureau. J’ai pu parler de mes émotions, de mes craintes, de mes attentes. Cela m’a fait du bien. Samuel et moi sommes en sécurité maintenant. Merci de m’avoir encouragée à foncer. Je vais prendre le temps de m’installer et je te recontacte dès que possible. Sylvia
Sylvia, Ça me rassure de savoir que Samuel et toi avez pu avoir une discussion. Je me doute bien de la peine que tu as pu ressentir de savoir que ton enfant souffre et qu’il est malheureux. Je crois sincèrement que tu n’as pas à te culpabiliser de ce qu’il vit, car Samuel et toi êtes VICTIMES de violence. Je suis outrée d’apprendre que Paul avait aussi des comportements violents envers ton fils. Je savais que Samuel était témoin de toute cette agressivité, mais d’apprendre qu’il a lui-même été victime de son père est terrible. Je comprends bien qu’après un tel dévoilement, tu songes à quitter la maison. Je me sens soulagée par ta décision. En même temps, je crois que moi aussi j’ai peur de la réaction que Paul pourrait avoir s’il découvrait tes intentions. Je pense que c’est une bonne stratégie de ne pas l’aviser de ton départ. S’il sentait qu’il perd le contrôle sur toi, j’ai le sentiment qu’il pourrait réagir violemment. Il est plus prudent de commencer par vous mettre à l’abri de ses excès de colère avant d’avoir cette discussion avec lui. C’est pourquoi je demeure persuadée que c’est une très bonne idée que de contacter, le plus tôt possible, une maison d’hébergement afin d’être accompagnée et conseillée. Il y a des milliers de femmes et d’enfants qui, chaque année, trouvent réconfort, soutien et sécurité dans ces maisons. Les personnes qui y travaillent ont certainement l’expertise nécessaire pour t’aider. Je suis consciente que c’est une grosse décision que tu viens de prendre Sylvia, mais je veux que tu te souviennes que tu n’es pas seule dans cette épreuve. Évidemment, ce n’est pas tout le monde qui comprend les enjeux et les déchirements de quitter un conjoint violent. Cependant, dans les moments difficiles pense à ceux qui t’aiment et te soutiennent. Ne te laisse pas ébranler par les préjugés et les jugements. Fonce Sylvia ! Le soleil brillera de nouveau pour toi. Élyse
Bonjour Élyse, Suite à ma discussion avec le professeur de maternelle, j’ai eu une longue conversation avec mon petit garçon et j’ai compris à quel point il était anxieux et malheureux. Je m’en veux tellement de ne pas avoir vu tout cela plus tôt. Si tu savais tout ce qu’il m’a raconté… Je lui cachais des choses pour le protéger et lui faisait la même chose pour moi. Mon fils qui tente de me protéger, c’est le monde à l’envers. Tout ce temps-là, je croyais que Paul n’était agressif qu’avec moi. Je me trompais Élyse. Samuel m’a confié comment les choses se passaient lorsqu’il était seul avec son père. Des cris, des mots blessants, des pénitences injustes… Un jour, il a cassé son hockey en deux sous prétexte qu’il avait oublié de le ranger. À moi, il avait dit que c’était un accident dans la cour d’école. Mon pauvre petit… Je m’en veux et j’en veux à Paul. Je suis tellement en colère ! Je voudrais lui dire en face tout ce que je pense de lui et de sa méchanceté. Mais j’ai peur qu’il en profite pour nous faire encore plus de mal à Samuel et moi. Il a tout brisé Élyse ! Nous aurions pu être si heureux s’il y avait mis du sien. J’ai le coeur gros, mais ma décision est prise. Je ne sais pas comment je vais y arriver, mais je dois partir. Ce qui est difficile, c’est que je dois organiser mon départ sans éveiller les soupçons de Paul ou de ma belle-famille. Il faut que je continue d’agir normalement. Sinon, j’ai peur qu’ils arrivent à me convaincre de rester par des menaces, des promesses ou en me culpabilisant. Je sais que je suis encore fragile et je me sens déjà assez coupable comme ça. Mais non, ils ne me retiendront pas. Il y a quelque chose qui s’est brisé en moi lorsque j’ai vu mon petit ange pleurer toutes les larmes de son corps. Je n’ai plus d’espoir que Paul change. Maintenant, ma priorité est de protéger mon enfant et de le rassurer. Peutêtre que nous aurons des épreuves et des difficultés à surmonter, mais nous serons ensemble et nous vivrons dans un environnement sain et paisible. Je pense que je vais suivre tes conseils et contacter une maison d’hébergement. Peutêtre qu’avec l’aide d’une intervenante je réussirai à partir d’ici de façon sécuritaire. Je ne sais pas encore où j’irai. Ma mère nous accueillerait sûrement pour quelques jours, mais elle n’a pas beaucoup d’espace et c’est le premier endroit où Paul viendrait nous chercher. Je vais m’informer aussi sur le fonctionnement de la maison d’hébergement. Je t’en donnerai des nouvelles. Je me sens comme si j’étais sur le point de sauter dans le vide, mon amie. Mais je suis déterminée et je sais que je peux compter sur ton soutien. Merci pour tout. Sylvia
Ma chère Sylvia, Ta dernière lettre m’a beaucoup ébranlée. Ça me touche et me peine grandement de savoir que ton Samuel n’est pas au meilleur de sa forme. Je dois te dire que j’avais effectivement remarqué qu’il semblait nerveux la dernière fois que je l’ai vue. J’ai cru que le fait d’avoir commencé l‘école pouvait le stresser. Malheureusement, il était prévisible qu’un jour ou l’autre la violence de Paul ait des conséquences sur votre fils. Même si parfois nous pensons que nos enfants ne savent pas ou ne comprennent pas tout, ils sont souvent des témoins silencieux de nos vies. Je me doutais bien que Samuel pouvait s’inquiéter pour toi. J’avais l’intention de t’en parler, mais tu as eu cette rencontre scolaire avant que je puisse le faire. Je comprends ton bouleversement, à quel point cette rencontre a pu te perturber. Dans la vie, on veut ce qu’il y a de mieux pour nos enfants. Je sais que ton garçon fait partie des raisons qui te retiennent de quitter Paul et que tu veux le protéger de la souffrance d’une séparation. Comme tu me l’as déjà mentionné, Paul est, et restera son père quoiqu’il arrive. Samuel et toi avez cependant le droit de vous sentir en sécurité. Je te sens anxieuse pour Samuel. Effectivement, je pense qu’une conversation avec ton petit bonhomme pour le rassurer et voir comment il se sent vous ferait du bien à tous les deux. Pour ce qui est de tes questionnements sur les mots à utiliser, je crois que tu es sa maman, donc la mieux placée pour savoir comment aborder ce sujet délicat avec lui. Fais-toi confiance. En écoutant ton coeur, je suis certaine que tu sauras trouver les bons mots. Peut-être même que par la suite, il pourrait rencontrer quelqu’un à l’école, en qui il a confiance, comme une éducatrice ou la psychologue scolaire, afin de pouvoir exprimer ses peurs et ses angoisses. J’ai bien peur que sa santé en souffre de plus en plus à lui aussi. Je rêve d’un jour où je vous saurai en sécurité toi et le petit. Tu mérites ce qu’il y a de mieux dans la vie. Tous tes sacrifices afin de sauver ta famille n’empêchent malheureusement pas la violence de Paul. Je te laisse prendre le temps de penser à tout cela, mais je veux que tu me promettes que si la situation dégénère et que tu as peur, tu feras appel aux policiers. Élyse xxx
Chère Élyse, Je te remercie pour ton soutien et tes mots d’encouragement. Je suis toujours en réflexion et j’essaie de refaire mes forces. Je fais de mon mieux pour que ma baisse d’énergie n’ait pas trop de conséquences au travail et à la maison. Si je ne garde pas le rythme, la routine familiale est perturbée et Paul devient impatient. Par ailleurs, j’ai été surprise de recevoir un appel du professeur de Samuel hier matin. Elle souhaitait me rencontrer de toute urgence. Comme elle ne voulait pas m’en dire davantage au téléphone, je suis allée la rencontrer à l’école le jour même. J’étais inquiète. Quand je suis arrivée, les enfants étaient au gymnase et nous nous sommes installées dans la classe. Elle m’a expliqué qu’elle avait constaté des changements chez Samuel depuis quelques semaines. Lui, d’habitude si enjoué, est devenu irritable avec les autres enfants et il semble triste. Il lui arrive aussi de s’endormir pendant la lecture. Même les jeux l’intéressent de moins en moins et il se plaint souvent de maux de ventre. La veille, la journée avait été particulièrement difficile et elle a dit à Samuel qu’elle devrait en parler à ses parents. Aussitôt, Samuel se serait mis à pleurer à chaudes larmes et à paniquer à l’idée que son père soit au courant de ses problèmes à l’école. Le professeur était étonné de voir qu’il avait surtout l’air inquiet pour moi. Samuel avait peur que son père s’en prenne à moi parce qu’il ne dormait pas et se comportait mal en classe. En tentant de le calmer, elle a compris qu’il ne voulait pas s’endormir avant d’être certain que son père dormait et qu’il n’y avait pas de danger qu’il me fasse mal. J’étais effondrée et morte de honte. Je ne pensais pas que Samuel avait eu connaissance des disputes entre son père et moi. J’avais bien remarqué qu’il avait du mal à s’endormir dernièrement, mais jamais je n’aurais pensé que mon petit bonhomme portait tout ce poids sur ses épaules. Comment se fait-il que je n’aie rien vu ? En y repensant, je me souviens que Samuel avait l’air très inquiet il y a quelques semaines, lorsqu’il a constaté à son réveil que ma cheville était blessée. Je lui avais dit être tombée par accident et il ne m’avait pas posé de question. Est-ce qu’il a entendu quelque chose ce soir-là? J’ai pensé à ça toute la nuit. Je dois discuter avec Samuel pour le rassurer et voir comment il se sent. J’espère trouver les mots. Qu’est-ce que tu lui dirais toi? Il a juste cinq ans. Son père et moi devrions lui apporter du réconfort, de la sécurité, pas de l’inquiétude et de la crainte. Je n’ai rien dit à Paul pour l’instant. J’avoue que je ne m’attends pas à une bonne réaction de sa part et je ne voudrais pas que Samuel se sente coupable d’avoir parlé à son professeur. Moi qui croyais que mes sacrifices permettaient de maintenir un foyer stable pour mon fils, je suis très affectée par ce que j’ai appris. J’attends ta réponse avec impatience. Sylvia
Ma grande amie, Comment te portes-tu? Je suis soulagée que tu dormes un peu mieux. C’est dommage que tu n’aies pas parlé de tout ce que tu vis au médecin, mais tu as fait un premier pas pour prendre soin de toi et je te félicite. J’ai bien réfléchi à nos échanges qui durent depuis quelque temps. J’ai de la peine de voir comme tu souffres, et je dois t’avouer que je me suis demandée plus d’une fois pourquoi tu ne quittais pas ce milieu empreint de violence. De l’extérieur quitter peut sembler parfois si simple, si facile. On peut même se demander pourquoi une femme ne part pas dès le premier signe de violence. Mais je sais de tout mon coeur à quel point tu aimes ta famille et que tu veux prendre la meilleure décision. Je comprends également que la situation est loin d’être simple et qu’elle comporte plusieurs enjeux, c’est pourquoi je ne te juge pas. La société nous a longtemps convaincues que le mariage, c’était pour le meilleur et pour le pire. Mais pas dans de telles conditions Sylvia ! Les menaces voilées que Paul t’a faites cette semaine en disant que tu peux t’attendre au pire si jamais tu le quittais sont inacceptables. Je peux comprendre que, dans un tel contexte, tu aies peur que la violence augmente si tu te soustrais à son contrôle. Je vois bien à quel point tu dois faire face à des peurs, mais aussi à des deuils afin de te sortir de ce contexte de violence. Je t’entends lorsque tu me nommes ta peur de la solitude ou de ne pas être à la hauteur. Je sais que tu vis des craintes devant les changements à venir, la garde de Samuel et même les éventuelles difficultés financières. Mais je crois toujours que c’est possible de traverser ces épreuves, une à la fois, jour après jour. Le courage et la force dont tu as toujours fait preuve te seront de précieux alliés devant ces obstacles, car tu mérites une vie empreinte de respect et d’amour. J’imagine que l’espoir que les choses puissent s’arranger fait que tu t’accroches fort à ton projet de vie. Je te comprends tellement, moi aussi j’aurais le coeur à l’envers à l’idée de quitter celui qui partage ma vie depuis toutes ces années. Sans parler du jugement de certains amis ou des membres de la famille. Peu importe le temps et l’énergie que cela prendra, je sais qu’un jour tu retrouveras une vie agréable et sans violence. Cela me soulage que tu aies les numéros de téléphone des maisons d’hébergement dans ton sac, car tu sais, elles sont là pour toutes les femmes et les enfants vivant dans un contexte de violence conjugale. Elles offrent l’hébergement au besoin, mais aussi de l’écoute téléphonique et des rencontres de suivi avec des intervenantes. Je pense sincèrement que tu gagnerais à faire appel à leurs services, car j’ai l’impression que tes réserves d’énergie sont presque épuisées. Surtout, fais attention à toi. Tu es importante pour moi et je t’aime ! Élyse xxx
Bonjour Élyse, Tu te souviens que dans ta dernière lettre, tu écrivais que mon corps me parle et qu’il me demande de réagir? En repensant à mes problèmes de santé, je me suis dit que c’était bien possible. Je suis donc allée voir un médecin au CLSC. Je lui ai parlé de ma fatigue, de mes insomnies et de ma nervosité. J’aurais voulu me confier davantage, mais je n’ai pas osé. Au moins, il m’a prescrit des médicaments et je dors un peu mieux. Malgré cela, je suis très préoccupée. Si, comme tu dis, j’ai peu à espérer d’une thérapie de couple, je ne sais pas ce que je dois faire. Partir? Paul est le père de Samuel. Si je brise la famille, mon fils va en souffrir et mon mari aussi. Ils sont importants pour moi et je les aime. Je me suis mariée car je voulais un environnement stable pour fonder une famille aimante et solide. Je ne veux pas abandonner mon projet de vie parce que c’est plus dur que prévu. On a vécu tant de choses Paul et moi, on devrait passer au travers. Et dis-moi, qu’est-ce que je ferais toute seule avec un jeune enfant? Le quotidien serait peut-être encore plus pénible. Je suis tellement épuisée, est-ce que je serais capable d’élever mon fils toute seule? Ou pire encore, de vivre sans lui si jamais son père en avait la garde exclusive? Et financièrement? Déjà avec deux salaires, nous avons des fins de mois difficiles. Je ne voudrais pas que mon fils soit privé à cause de mes choix. De toute façon, Paul n’accepterait jamais que je parte avec Samuel. L’autre soir, il m’a dit que, si un jour je le quittais, je pourrais m’attendre au pire. Il n’a rien ajouté mais, comme nous venions d’entendre un reportage sur un drame familial, ça m’a troublée. La vérité, c’est que j’ai peur Élyse. Peur de la solitude, du jugement de ma famille, peur de me tromper, de ne pas être à la hauteur, peur du changement, mais peur que rien ne change aussi. Et j’ai peur de Paul maintenant. Si seulement il voulait aller chercher de l’aide. Mais il trouve que c’est moi qui suis trop sensible et que je m’en fais pour rien. Il n’y a pas de problème d’après lui. Je suis tellement déprimée. Je ne vois plus d’issue. Parfois je me dis que s’il n’y a que moi qui suis malheureuse dans la maison, c’est peut-être que Paul a raison. Alors, j’essaie de me concentrer sur les bons côtés de ma vie, mais ce n’est pas facile tous les jours. En terminant, je te remercie de m’avoir transmis les coordonnées des maisons d’aide et d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants. Mais, j’hésite à appeler. Les intervenantes ont certainement des situations plus urgentes que la mienne à régler. Mais je les garde à portée de la main. On ne sait jamais. Merci de te préoccuper de ma santé et de ce que je vis en ce moment. Tu es une véritable amie et je sais que je peux compter sur ton aide et ta franchise Sylvia
Ma très chère Sylvia, Je comprends ta grande fatigue et le fait que ta tête semble bien prise par tout ce que tu vis. Bien sûr, j’aurais aimé que tu te joignes à nous pour cette mémorable soirée. Je nous y voyais déjà comme deux petites filles au collège s’évadant de la surveillance parentale pour une soirée entre amies. Mais je respecte ton choix. Tu me diras si je me trompe, mais est-ce pour éviter une confrontation avec Paul que tu préfères renoncer à cette soirée si attendue? Je comprends que tu puisses te demander où trouver l’énergie de le convaincre de te laisser passer une soirée avec tes amies. Sans parler de sa réaction possible au retour. Cela dit, je ne crois pas que de voir un psychologue ou un prêtre ensemble pourrait faire un changement dans ta situation. C’est Paul qui a un problème de violence et toi tu en écopes en étant victime de ses comportements. En voyant tes interrogations, j’ai compris que si je voulais t’aider, te supporter, je devais aller chercher de l’information et surtout ne pas fermer les yeux. Sur mon petit guide que je me suis procuré à la clinique médicale la semaine passée, il y avait le numéro de téléphone d’une ligne d’écoute 24h. J’ai donc contacté une maison d’hébergement qui vient en aide aux femmes et aux enfants qui sont victimes de violence conjugale. Une intervenante a répondu à mes questions et m’a appris que lorsqu’une femme vit de la violence conjugale, il arrive souvent que ses maux se traduisent physiquement. L’insomnie, la fatigue, l’anxiété, la dépression et les séquelles liées aux coups reçus sont malheureusement monnaie courante. Alors, lorsque j’ai lu dans ta lettre toutes les émotions contradictoires qui t’habitent, ton manque de sommeil et d’énergie, j’ai encore mieux compris comment tu peux te sentir. L’intervenante m’a appris que ce sont là quelques-unes des conséquences qu’a la violence conjugale sur la santé des femmes. Crois-tu mon amie que la violence que tu subis et que tu constates pourrait avoir de plus en plus d’impacts sur ta santé ? Je comprends à quel point ça peut être difficile pour toi de t’avouer que Paul a des comportements violents et que ton mariage n’est pas ce que tu t’étais imaginé au départ. Quel dilemme tu dois vivre au quotidien ! Je comprends toute l’ambivalence que cela peut te faire vivre, de même que le sentiment de honte et les questionnements qui te torturent. Tu sais Sylvia, j’ai vraiment l’impression que ton corps te parle, qu’il te demande de réagir. Je suis inquiète pour ta santé physique, mais aussi psychologique. Pourquoi tu n’irais pas consulter Dr Emeryse, elle est si prévenante. Peut-être que, lorsque tu te sentiras prête, tu pourrais contacter une maison d’aide et d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale. Je suis certaine qu’elles pourront être à ton écoute et te soutenir dans ta réflexion. Je te laisse des numéros de téléphone au besoin. Avec amour et compréhension. Élyse xxx
Ma chère Élyse, J’ai beaucoup pleuré en lisant ta dernière lettre. Si j’ai tant tardé à te répondre, c’est que depuis, on dirait que je n’arrête pas de me poser des questions et d’analyser tout ce qui se passe autour de moi. Pour en avoir le coeur net, j’ai été dans un CLSC près du bureau et j’ai pris discrètement un exemplaire du guide « Brisez le silence ». Au retour, je me suis installée au fond de l’autobus et je l’ai lu. J’avais l’impression qu’on racontait mon histoire et j’ai trouvé ça très troublant et dérangeant. Tu sais, j’ai honte à l’idée que je pourrais être une victime et que l’homme que j’aime serait violent. En même temps, j’éprouve du réconfort à pouvoir mettre des mots sur ce que je vis et trouver un sens aux émotions contradictoires qui m’envahissent. Mais, je dois prendre le temps de penser à tout cela, je suis confuse. Je ne suis pas certaine que ma situation soit si grave. Il y a des femmes plus à plaindre, non? C’est vrai que j’ai de plus en plus peur des réactions imprévisibles de Paul. Je suis blessée par ses méchancetés lorsqu’il est en colère. Mais il n’est pas toujours comme ça. D’un autre côté, si c’est vraiment de la violence conjugale que je vis, qu’est-ce que je devrais faire? Crois-tu que les choses pourraient s’améliorer si je consultais un psychologue ou un prêtre? Paul n’a pas confiance dans ces gens-là et j’hésite à lui en parler. Mais, il faut que je trouve une solution, ça ne peut plus durer comme ça. C’est peut-être le manque de sommeil qui me rend plus émotive et sensible. Tu sais, je fais de l’insomnie depuis des semaines et je commence à ressentir de l’épuisement. La fatigue me rend nerveuse. Je suis tendue comme un arc. Encore hier, j’ai fait un tel saut lorsque Paul est arrivé derrière moi que j’en ai échappé l’assiette que j’essuyais. Je suis tellement maladroite parfois. Paul peut bien s’énerver contre moi, je casse tout et je pleure pour rien. Je ne me reconnais plus moimême. J’espère que tu ne m’en voudras pas si je te fais faux bond pour la soirée retrouvailles, mais je ne pense pas y aller finalement. Je n’en ai plus tellement envie. Je dois me reposer. J’ai déjà besoin de toute mon énergie pour arriver à boucler ma semaine de travail, mes tâches ménagères et mon rôle de maman. Je n’ai même plus la force de faire mes exercices quotidiens ou de lire un peu avant de m’endormir. Je n’arrive plus à me concentrer et on dirait que je relis la même phrase à répétition, c’est déprimant. Alors, je limite mes activités sociales pour économiser mes forces. De toute façon, je ne serais pas de très bonne compagnie. Déjà à la maison, Paul me trouve bien ennuyante. Il n’y a que mon petit Samuel pour dire que sa maman est amusante lorsque nous jouons tous les deux avant le retour de Paul. C’est le soleil de ma vie cet enfant. Et me voilà encore émotive ! Merci de ta grande patience Élyse. Je t’embrasse. Sylvia
Bonjour Sylvia, Oui, j’ai bien reçu l’invitation pour le souper retrouvailles. J’aimerais beaucoup que tu puisses te libérer et qu’on y assiste ensemble. Je m’ennuie tellement de nos petits moments que l’on partageait ensemble. En plus, il me semble que ça te ferait du bien de sortir et de revoir nos vieux ami(e)s. Ça te changerait de ce quotidien qui me parait être de plus en plus lourd pour toi. L’autre jour, en allant à la clinique, je suis tombée sur un document traitant de la violence conjugale. J’ai tout de suite eu une pensée pour toi. Je l’ai pris et me suis mise à le lire dans la salle d’attente. Cette petite brochure intitulée « Briser le silence » m’a bouleversée, tant j’y voyais des similitudes avec ton histoire. On y parlait des formes de violence, mais surtout de l’installation d’un cycle qui caractérise la violence dans un couple. Ça m’a tellement rappelé ta dernière lettre que je m’y suis reprise par deux fois pour le lire. Au départ on y parle d’une forme de lune de miel. À ce moment, dans le couple, tout semble sous contrôle et le plaisir est présent. Ça me semblait être les bons moments que tu me racontes vivre avec Paul lorsqu’il est attentif à tes besoins et ce qui fait que tu l’aimes tant. Mais, petit à petit, s’installe une tension dans la maison, sous prétexte souvent que les choses ne sont pas faites comme Paul le voudrait. Ça m’a rappelé les incidents où tu me disais que tout doit être fait à sa façon et que tu ressens un malaise à l’idée de lui déplaire. On y écrivait que cette tension peut se manifester de plusieurs façons : longs silences qui torturent, absences prolongées qui inquiètent, menaces, ton agressif, gestes brusques. Je le vois bien que lorsque tu sens un climat de menace et de tension, tu tentes par tous les moyens d’apaiser Paul. Lorsque tu surveilles tes gestes et tes paroles pour éviter de le contrarier ou que tu calmes Samuel pour ne pas qu’il dérange. N’as-tu pas parfois l’impression de tout faire pour t’ajuster à ses besoins ou d’être insécurisée par ses brusques changements d’humeur? Je sens que malgré cela, la peur est présente. Paul te semble perdre le contrôle de lui-même. En fait, il est aussi mentionné que c’est une prise de contrôle sur l’autre qui caractérise la violence conjugale. J’imagine bien à ce moment à quel point tu peux te sentir dépassée, démunie, découragée. J’ai cru comprendre dans tes lettres qu’après une agression, Paul veut se réconcilier. Il te demande pardon, te complimente et t’offre des cadeaux. Souvent, j’ai l’impression qu’il te laisse croire que c’est à cause de toi, du stress, du travail, du petit, ou même d’une soirée de retrouvailles qu’il a éclaté. À cause de tout, sauf de lui-même. Devant ces justifications, peut-être crois-tu qu’en modifiant tes comportements ou ton attitude, la violence va se résorber? J’ai vraiment la conviction que tu te nourris d’espoir que ça change et je te comprends d’espérer, mais, comme tu me l’as écrit dans ta dernière lettre, les bonnes résolutions durent de moins en moins longtemps. Sylvia, tu es importante pour moi et je ne veux surtout pas te dicter ta conduite, mais tu mérites une vie sans violence. Tu sais, tu n’es pas seule dans ta situation, beaucoup de femmes et d’enfants souffrent en silence. Garde ton courage Sylvia, j’ai confiance en toi. Je suis ton amie et je suis là. Élyse xxx
Bonjour Élyse, Je me suis sentie un peu mal en lisant ta lettre. Je suis sensible à ton inquiétude pour moi, mais je pense t’avoir donné une mauvaise impression de Paul et de ma relation avec lui. Je ne voudrais pas que tu penses du mal de Paul. Depuis ma dernière lettre, nous avons beaucoup discuté lui et moi. Il m’a même offert des fleurs pour s’excuser de son brusque mouvement d’humeur. Il avait passé une mauvaise journée et je n’ai pas choisi le bon moment pour lui parler. Toute la semaine, il a été aux petits soins pour moi. Comme je m’étais foulé la cheville en tombant, il a demandé à sa mère de venir s’occuper de Samuel. Il est plus attentionné que jamais. Finalement, je vais refuser la promotion qu’on m’offre. Ce n’est peut-être pas une si mauvaise chose d’avoir un autre enfant maintenant. J’avais juste abandonné l’idée. Si Paul a mûri et qu’il est prêt, je devrais m’en réjouir. En plus, en congé de maternité je pourrais aider Paul pour sa comptabilité et j’aurais plus de temps pour Samuel. En passant, je me demandais si tu avais reçu l’invitation pour la soirée retrouvailles. La lettre est arrivée chez ma mère hier et elle est venue me l’apporter. J’étais heureuse de cette occasion de revoir mes amis de collège, mais j’hésitais à dépenser pour une robe de soirée. Maman a dit : « Ça va te faire du bien de sortir pour une fois! ». Paul n’a rien dit, mais il est sorti en claquant la porte et nous avons encore eu une terrible dispute après le départ de ma mère. Ensuite, il s’est excusé d’avoir crié une fois de plus et de m’avoir fait pleurer en brisant mon vase préféré. Il pensait que je m’étais plainte à maman. Je ne ferais jamais ça ! C’est déjà l’enfer lorsqu’ils se voient tous les deux et c’est toujours moi qui se retrouve prise entre l’arbre et l’écorce. Je ne pense pas que maman voulait mal faire, mais je vais lui dire de faire plus attention à ses paroles. Je ne lui parlerai pas de la chicane pour ne pas l’inquiéter. J’espère que Samuel n’a rien entendu. Il jouait dans sa chambre quand c’est arrivé. Il est si sensible mon petit garçon. Je ne veux pas qu’il ait peur que nous divorcions comme les parents de son ami. Comme dit ma belle-mère, les gens se séparent pour un rien de nos jours. Il faut mettre de l’eau dans son vin pour qu’un couple dure. Mais en t’écrivant, je me rends compte que je suis tannée d’être seule à mettre de l’eau dans mon vin. Quand Paul explose, il s’excuse et s’en veut. Il peut être si gentil. Mais ses bonnes résolutions durent de moins en moins longtemps et tout est à recommencer. Je me sens un peu découragée, mais ça me fait du bien de pouvoir parler de tout ça avec toi. Tu es une amie précieuse et je vais essayer de me libérer pour passer te voir dès que possible. Et ne t’inquiète pas, je serai vigilante. À bientôt, Sylvia
Ma grande amie, Si tu savais comme tu ne m’embêtes pas avec tes incertitudes. Ce qui m’embête, c’est de te voir dans cette situation, de savoir que tu n’es peut-être pas aussi bien dans ta relation que les gens le pensent. Tu sais, avec moi tu peux être toi-même, sans artifice, ni filtre. Tu n’as pas à faire d’effort pour que ta prochaine lettre soit plus positive, si ce que tu vis est difficile. Tu peux avoir confiance en moi, je ne parlerai pas de ce que tu me confies si tu ne m’en donnes pas l’autorisation. Cependant, je crois sincèrement que tu ne devrais pas rester seule avec tout cela. Comme je te l’ai déjà mentionné, je ne pense pas que ce soit bon pour toi et Samuel de vous isoler dans cette situation. Cela dit, je suis contente que notre petite escapade au restaurant t’ait fait du bien. Tu m’as semblé si tourmentée! Je comprends mieux pourquoi après avoir lu ta dernière lettre. Tu mériterais tant que l’amour que tu donnes te soit remis en retour, mais je ne crois pas que c’est ce qui t’arrive. En réponse à une promotion qui te sourit, tu reçois coups et reproches au lieu des encouragements auxquels tu serais en droit de t’attendre. Je ne sais pas à quel point la bousculade que Paul a provoquée était accidentelle, je me questionne sur ses intentions. J’ai bien peur que la marge entre te pousser violemment et te frapper directement soit mince. La violence qu’elle soit verbale, psychologique ou même économique est tout aussi dommageable que la violence physique. Je ne sais pas si j’ai tort de m’en faire à ce point, mais je suis inquiète pour toi. Après la bousculade, tu as cru qu’il allait te frapper! Tu dois écouter tes instincts. Sérieusement, je crains qu’un jour il en arrive à être violent physiquement avec toi. La violence, sous toutes ses formes est inacceptable. Comme ça, Paul voudrait un autre enfant ? Tu ne trouves pas étrange qu’il ait attendu que tu parles d’accepter cette proposition avant d’aborder le sujet d’agrandir la famille? Il sait bien, car il est intelligent tu me l’as dit, qu’il te serait difficile de concilier cette promotion avec une nouvelle grossesse. C’est drôlement une bonne façon de te faire changer d’idée et de briser ta détermination. Pourtant, quand tu as voulu un deuxième enfant, il y a 3 ans, il ne voulait rien savoir. Je ne sens pas que Paul te respecte dans tes décisions, ni même qu’il te laisse le libre choix sur des sujets aussi importants. As-tu mis un frein à ses ambitions, toi? Non, tu as même investi ton héritage dans son projet d’entreprise. Il te fait vivre beaucoup de pression, non ? Je vois bien les efforts que tu es prête à mettre dans ton couple, mais à quel prix Sylvia? Tu passes à la maison quand tu veux, ma porte t’est grande ouverte! Élyse xxx
Chère Élyse, Comme toujours, notre rencontre au restaurant m’a fait énormément de bien. Tu me connais si bien. En discutant avec toi, j’ai pris conscience à quel point je tenais à cette promotion. C’est vrai que je travaille dans ce but depuis des années. J’ai enfin réussi à faire reconnaître mes compétences et à prouver qu’une femme peut réussir dans ce domaine. En te quittant, j’étais gonflée à bloc. Après le souper ce soir-là, j’ai décidé de parler à Paul de ce que ce poste représente pour moi. Il m’a écoutée sans dire un mot et sans me regarder. J’ai eu l’impression qu’il était contrarié et mon enthousiasme a fait place à l’inquiétude. Quand je lui ai demandé ce qu’il en pensait, il m’a dit que je ferais mieux d’aller coucher mon fils avant qu’il ne dérange les voisins avec ses jeux. J’ai été un bon moment avec Samuel, car il a du mal à s’endormir depuis quelques mois. Finalement, lorsque je suis revenue au salon, Paul m’a dit qu’il était extrêmement déçu de voir que je faisais passer ma carrière avant ma famille. Il m’a crié que je devais bien peu les aimer pour les priver de ma présence pour un peu d’argent. J’étais consternée qu’il interprète mon désir d’avancement de cette façon. Je l’ai assuré de mon amour et j’ai voulu le prendre dans mes bras, mais il m’a repoussée brusquement. J’ai perdu l’équilibre et je me suis fait mal en tombant accidentellement sur la table à café. Quand j’ai levé les yeux vers lui, j’ai cru un instant que Paul allait me frapper. Mais je me trompais, bien sûr. Il m’a aidée à me redresser et s’est excusé de m’avoir poussée. Il m’a prise dans ses bras et m’a avoué en pleurant qu’il souhaitait avoir un deuxième enfant. Il m’a dit que Samuel serait heureux d’avoir un petit frère, que j’étais une mère formidable et que cette promotion arrivait à un bien mauvais moment. Nous avons fini la soirée dans les bras l’un de l’autre en oubliant de prendre des précautions. Bref, je ne sais plus où j’en suis. Je ne savais pas que Paul voulait un autre enfant. C’est vrai qu’une grossesse serait difficile à concilier avec ce nouveau poste, au moins pour la première année. Làdessus, il n’a pas tord. Mais tu sais, ce n’est pas pour l’argent que j’aurais voulu accepter. On ne roule pas sur l’or et une augmentation aurait été bienvenue, surtout que mon petit héritage de ma tante a été investi dans le projet d’entreprise de Paul, mais j’aime ma famille et je suis prête à me priver de luxe pour les rendre heureux. J’ai de la peine de savoir que Paul en ait douté à cause de moi. Excuse-moi de t’embêter encore avec mes incertitudes Élyse. Ne t’en fais pas, ça va aller maintenant. Ça m’a fait du bien de t’écrire, mais n’en parle à personne s’il te plait. Je vais faire un effort pour que ma prochaine lettre soit plus positive. Amicalement, Sylvia
Salut Sylvia, J'ai été agréablement surprise d'avoir de tes nouvelles la semaine dernière. Je repense avec beaucoup de nostalgie à nos petits cafés lattés sur le pouce, c'était le bon vieux temps. J'étais émue lorsque j'ai lu que je te manquais, car moi aussi tu me manques. Je me demandais bien ce qui te poussait à refuser toutes mes invitations, tu m'as semblée si hésitante au téléphone la dernière fois... Je suis contente de voir que ça semble relativement bien aller pour toi. Elle est enfin arrivée cette promotion que tu attendais depuis tant d'années ! Je savais que tu y arriverais. À te dévouer comme tu le fais, tu le mérites bien. Et ton petit bonhomme qui a déjà 5 ans, on dirait que c'était hier que tu m'annonçais que tu attendais un bébé... Avec ta grossesse, le déménagement et le mariage la même année, j'en ai perdu des petits bouts. Je te sentais tellement stressé, j'avais l'impression que tu étais pour t'écrouler sous la pression. Tu sais Sylvia, je sens le besoin de te parler de quelque chose qui me chicote depuis longtemps. En fait, encore plus depuis que j'ai reçu ta dernière lettre. J'ai des malaises lorsque je pense à ce que tu m'écris de ta relation avec Paul. Je ne te cacherai pas que ça m'inquiète lorsque tu me dis que Paul s'énerve lorsque les choses ne sont pas faites à sa façon. Qu'entends-tu par « il s'énerve », ça me questionne ? Je suis tellement étonnée de voir à quel point tu es isolée depuis quelque temps. Ça ne te ressemble pas de limiter les contacts, encore moins pour éviter la tension. C'est un trait de caractère que je ne te connaissais pas. Et toi, mon amie là-dedans! Ça me peine que ma grande complice m'écrive qu'étant donné que son chum a du goût et est « bien plus intelligent qu'elle », qu'il est normal qu'il ait le contrôle sur tout. Le budget, les sorties et même son HABILLEMENT!!! Il semble avoir beaucoup d'emprise et de contrôle sur toi, sur TA vie. Où est passées ton attitude positive et ta confiance en toi à toute épreuve ? Comment en es-tu arrivée à te questionner sur cette promotion que tu attendais depuis si longtemps ? Vas-tu remettre en question ce rêve de jeunesse ? Tu as peur que Paul réagisse mal à ta décision. Que crains-tu exactement ? Tu as raison, il faut vraiment qu'on se rencontre pour en discuter. Tu sais Sylvia, tu es une amie précieuse pour moi et si je te parle de tout ça, c'est que je m'inquiète pour toi. Je ne pourrais être une amie digne de ce nom et fermer les yeux sur ce que j'entends. J'aimerais que tu restes vigilante. S'il y a des choses qui t'inquiètent ou qui te troublent, tu peux compter sur moi. Ne reste pas seule avec tes craintes, tes peurs, tes questionnements. Élyse qui t'aime xxx
Bonjour Élyse, Comment vas-tu? Je suis heureuse d'avoir eu de tes nouvelles. Ça me touche de savoir que tu penses parfois à moi et j'espère que tu ne m'en veux pas d'avoir négligé notre amitié. Les circonstances de la vie m'ont amenées à refuser plusieurs invitations depuis quelque temps, mais tu m'as vraiment manqué Élyse. Je repense souvent à notre conversation la veille de mon mariage. Paul et moi avions surpris tout le monde en nous mariant si tôt après notre rencontre. J'étais un peu inquiète de faire le grand saut, mais Paul et moi étions tellement amoureux. Comme le temps passe... Mon petit Samuel a déjà cinq ans. On passe beaucoup de temps en famille tous les trois. D'ailleurs, ma mère trouve qu'elle ne me voit pas souvent. Tu te souviens comme nous étions proches elle et moi. Mais mes parents ne s'entendent pas avec Paul et j'essaie d'éviter la tension en limitant les contacts. Paul est toujours aussi protecteur avec moi. Il me téléphone plusieurs fois par jour et s'inquiète s'il ne peut pas me joindre. Tu sais, il a eu des relations amoureuses difficiles. Il a besoin que je lui prouve que je l'aime et qu'il peut me faire confiance. Paul est organisé et responsable. Il a pris en main nos finances et je n'ai plus qu'à m'occuper de Samuel et de la cuisine après le travail. Paul a dû demander à sa mère de m'apprendre ses recettes, car je n'étais pas douée en cuisine. Il a bien rit de moi au début. C'est sûr qu'il a ses petites manies. Il faut toujours que les choses soient faites à sa façon dans la maison, sinon il s'énerve. Mais il a un goût sûr et il est bien plus intelligent que moi. Cette année, nous faisons des économies car Paul projette de démarrer son entreprise. Mes collègues trouvent que j'accorde moins d'importance à mon apparence, mais, comme dit Paul, je n'ai pas besoin de me faire belle pour aller travailler. Lui m'aime au naturel et je n'ai personne d'autre à qui plaire. De toute façon, je sors peu. Bref, tout va bien. Je n'ai pas à me plaindre, mais j'avoue que je me sens seule. J'aimerais te revoir. Contacte-moi au bureau; à la maison Paul débranche le téléphone pour être tranquille et il oublie souvent de me transmettre les messages. Nous pourrions dîner ensemble et discuter. Tu sais, j'ai une grande décision à prendre et j'aimerais avoir ton opinion. On m'offre une promotion, mais Paul ne pense pas que ce soit une bonne idée pour notre couple, car je devrais participer aux réunions du conseil un soir pas mois. Il dit qu'il gagne assez d'argent pour nous faire vivre et que toutes ces responsabilités me pèseraient. Le poste me tente pourtant. Ce serait un beau défi, une manière de prouver de quoi je suis capable. Mais, j'ai peur que Paul réagisse mal. Enfin, nous en parlerons une autre fois. Je pense à toi Élyse et j'ai hâte de te revoir. Ton amie sincère Sylvia
Manifestation publique le 3 novembre, en face de l’Estaminet (coin Amyot et Lafontaine) de 11h à 13h15. Distribution de tracs « Contre la tarification et la privatisation du système de santé! » aux automobilistes et aux passantEs. Café et bouillon vous serons servis sur place. Faites du bruit! En assemblant des pots de pilules de façon créative (sur un bâton de marche, en collier, ceinture, etc.) et en les remplissant de pois sec, ils deviendront des instruments de musique pour égailler la mobilisation! En espérant vous voir en grand nombre, Indignons-nous !
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Ne manquez pas le 8 février prochain dès 19 h l'atelier la santé au féminin: défis et enjeux. La santé est un enjeu majeur pour tout le monde, mais il ne se présente pas de la même façon pour les hommes et pour les femmes. Cet atelier vous permettra de prendre conscience des approches et des visions de la santé des femmes. Un regard différent sur un sujet qui nous touche toutes! Coût: 5$
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Veuillez noter que le centre sera fermé du 24 décembre au 8 janvier inclusivement pour la période des fêtes. Profitez de ces moments de réjouissances et venez nous voir en 2012!
lettre à une amie 14Ma chère Élyse, Je t’annonce que mes procédures de divorce sont offi...
Ma chère Élyse, Je t’annonce que mes procédures de divorce sont offi ciellement terminées! La longue bataille juridique que m’a menée Paul a pris fi n et je vais enfi n pouvoir mettre mes énergies ailleurs. J’avais dû faire une plainte pour harcèlement, tu te souviens? Des conditions ont été imposées à Paul et il a fi ni par comprendre qu’il n’était pas dans son intérêt de poursuivre ses agissements. Il a cessé son harcèlement. Mon avocate a réussi à obtenir une entente raisonnable pour la garde de Samuel et le partage des biens, malgré le peu de collaboration de la partie adverse. Je me sens libérée! Quand je pense qu’il y a un an à peine, je vivais auprès d’un homme contrôlant, qui me dénigrait et maintenait un climat de tension et de peur dans notre foyer. Il avait tranquillement réussi à me faire croire que ses colères contre moi étaient légitimes, mais qu’il m’aimait. Il s’excusait chaque fois, mais trouvait toujours une justifi cation à son comportement et, malgré les promesses, il ne tardait pas à recommencer. Je cherchais constamment à l’apaiser et à lui plaire et j’étais désespérée de voir que les événements violents augmentaient et s’intensifi aient. Je me demandais ce qui n’allait pas, ce que j’aurais dû faire de plus pour qu’il soit heureux. J’étais complètement centrée sur lui et j’en oubliais mes besoins et mes désirs. Tu me disais que tu ne me reconnaissais pas et je te comprends maintenant. Mon estime de moi était bien faible. En dernier, Paul contrôlait nos fi nances, mes déplacements et même mon habillement. Il n’aimait pas ma famille, ni mes amies. Graduellement, je me suis retrouvée isolée. J’étais au bord de la dépression. Je n’avais plus d’énergie et la situation me semblait sans issue. Pour mon fi ls aussi, la vie n’était pas facile. Je croyais faire au mieux en maintenant la famille, mais lorsqu’il m’a confié que son père était violent avec lui aussi, j’ai compris qu’il fallait partir. Je devais le protéger. J’avais honte de me découvrir victime de violence conjugale mais, avec tes encouragements, j’ai demandé de l’aide. Une chance que tu étais là Élyse, à l’affut des signaux de détresse que tu percevais dans mes lettres et nos conversations. Grâce à ton écoute et au support constant de la maison d’hébergement, mon fi ls et moi sommes en sécurité maintenant et nous avons repris confi ance. Avec le recul, je me rends compte que nous avons beaucoup cheminé tous les deux. Nous avons compris que la violence que nous avons vécue a eu des conséquences néfastes, mais pas irréversibles. Nous avons appris à prendre soin de nous et à rebâtir notre vie sur des bases plus saines. Sans être méfi ante, je suis plus attentive aux indices lorsque je rencontre une nouvelle personne et je porte attention à mes impressions, à ce que je ressens en sa présence. Aujourd’hui, je sais ce qui est bon pour moi et pour Samuel. Je sais aussi ce que je ne veux plus accepter. J’ai repris confiance en moi et en l’avenir. Je reconnais mes forces et je sais que je mérite d’être heureuse. Et ça, c’est beaucoup grâce à toi. Merci pour tout ! Sylvia
réponse lettre à une amie 13Sylvia, Enfin rendue chez toi ! Ça m’émeut quand je repense à tout c...
Sylvia, Enfin rendue chez toi ! Ça m’émeut quand je repense à tout ce que tu as accompli. Je constate en lisant ta lettre que la violence de Paul est toujours présente malgré ton départ. Je trouve malheureux qu’il continue d’utiliser la violence psychologique et verbale afin de t’atteindre, mais c’est rassurant de savoir que tu as vu des stratégies de protection avec ton intervenante et que tu es maintenant en sécurité chez toi. Quelle chance que tu puisses toujours compter sur l’aide de la maison d’hébergement même après ton départ. J’imagine que des liens se sont fort probablement tissés pendant ton séjour avec certaines femmes et intervenantes ! Je sais que ta nouvelle vie de maman monoparentale t’apportera de nouveaux défis, mais avec tout l’amour que tu portes à Samuel, j’ai confiance que vous y trouverez votre chemin. Il n’y a pas si longtemps, je constatais que ma grande amie avait besoin d’aide. Je t’entends encore me raconter tes peurs et tes souffrances de vivre sous l’emprise de la violence. Je te sentais t’éteindre, perdre cette joie de vivre qui te caractérisait si bien. Lorsque j’ai vu tous nos amis se joindre à nous pour ton déménagement, ça m’a rappelé à quel point je te sentais isolée de tous lorsque tu vivais avec Paul. Même les liens avec tes parents et ta famille en souffraient. De te voir sourire au côté de ta mère et de revoir votre belle complicité d’antan est agréable. Au départ, tu étais tellement hésitante à parler de violence, j’ai compris comment cela pouvait être difficile de s’avouer même à soi-même que l’on vit de la violence conjugale. Cependant, avec tes problèmes de santé de plus en plus présents et les difficultés de Samuel qui souffrait de toute cette brutalité, tu as compris que tu devais agir et rapidement. Cela t’a pris bien du courage de prendre contact avec une maison d’hébergement afin de recevoir de l’aide, mais je suis certaine qu’aujourd’hui tu t’en félicites. En tout cas moi, depuis tu m’impressionnes chaque jour avec ta force et tes accomplissements. De voir tout le chemin parcouru, ta reprise de pouvoir sur ta vie et la force dont tu fais preuve devant les démarches à accomplir est admirable. Tout cela dans un seul but, celui de vivre à l’abri de la violence. Mais tu es la preuve vivante que la réorganisation de toute une vie sans violence est chose possible. Je me sens privilégiée d’être ton amie et d’avoir pu te soutenir dans cette période de vie plus difficile pour toi. Si je pouvais, je publierais un article dans un journal local afin de crier haut et fort à tous que la violence conjugale est inacceptable et que l’on doit tous faire notre part afin que cela change. J’encouragerais tous ceux qui soupçonnent une situation de violence à la dénoncer et à ne pas hésiter à venir en aide à une femme dans le besoin. Tendre la main peut faire toute une différence, n’est-ce pas Sylvia ! Je te souhaite beaucoup de bonheur dans ta nouvelle vie ! Amicalement pour la vie, Élyse
lettre à une amie 13Bonjour Élyse, Comment vas-tu ? De mon côté, les choses s’organisent ...
Bonjour Élyse, Comment vas-tu ? De mon côté, les choses s’organisent bien. Ça fait déjà un mois que j’ai emménagé dans mon nouveau chez-moi ! Je commence à être bien installée. Je voulais te remercier de ton aide et aussi d’avoir pris la peine de mobiliser tous nos amis pour mon déménagement. J’étais tellement surprise et heureuse de voir qu’il y avait tant de gens prêts à me donner un coup de main. J’étais si fébrile ce jour-là, tu te souviens ? À l’idée de partir de la maison d’hébergement pour voler de mes propres ailes, j’étais joyeuse, excitée, mais je ressentais aussi un peu d’inquiétude à l’idée de cette nouvelle vie qui m’attendait. De vous voir tous présents pour moi m’a fait chaud au coeur. Je me souviens que j’étais inquiète à cause des derniers contacts téléphoniques que j’avais eus avec Paul. Il avait commencé par me faire des promesses mais, lorsqu’il avait compris que je ne le croyais plus, il s’était mis en colère. Avec le recul, le bon côté de ces échanges qui m’avaient tant ébranlée, c’est que si j’avais encore des doutes pour le divorce, ce n’était plus le cas après l’avoir entendu. Et comme j’étais encore en maison d’hébergement, mon intervenante était là pour me soutenir. Nous avions regardé ensemble des stratégies de protection et je suis partie plus forte et outillée pour l’avenir. Parlant de la maison d’hébergement, une intervenante m’a téléphoné hier. Elle voulait prendre de nos nouvelles et nous inviter à une activité estivale pour les ex-hébergées. J’ai été touchée par cette attention. Elle m’a rappelé que je pouvais avoir un suivi individuel en externe pour moi ou pour mon fils. On en avait parlé pendant mon séjour, mais avec le déménagement et tout le reste, j’avais d’autres priorités et j’ai oublié. Mais, je pense que maintenant que nous nous sommes posés un peu, ce serait une bonne chose pour tous les deux. C’est certain que nous avons à nous adapter à beaucoup de choses dans notre nouvelle vie. Comme mère monoparentale, je me sens parfois un peu seule et cela me demande plus d’organisation depuis mon retour au travail. Et puis, j’ai des démarches légales en cours qui me stressent un peu. Quant à Samuel, il doit se faire de nouveaux amis à l’école et il aurait peut-être aussi besoin de parler de sa relation avec son père, qu’il voit régulièrement. Nous sommes encore en période d’adaptation, mais je peux déjà dire que notre vie a pris un tournant plus positif. Nous passons de beaux moments tous les deux dans notre nouvel appartement, que nous avons décoré à notre goût et où nous vivons paisiblement, sans violence, ni contrainte. Je voulais te remercier Élyse de m’avoir aidée à ouvrir les yeux sur ma situation et de m’avoir soutenue, même pendant mes périodes de doute. Merci de m’avoir parlé des maisons d’hébergement. J’ai pu y faire mes démarches en toute sécurité et je sais que je pourrai toujours compter sur leur aide. Mon séjour m’a appris beaucoup de choses sur moi et m’a permis de cheminer personnellement. J’ai encore plein de défis à relever, mais je me sens plus forte et je sais qu’avec leur soutien et ton amitié, j’y arriverai. Samuel et moi te sommes reconnaissants. Tu avais raison, c’est possible ! Sylvia
réponse lettre à une amie 12Sylvia, Ma nouvelle Sylvia, Wow, comme tu es efficace ! Tes démarches avancent &a...
Sylvia, Ma nouvelle Sylvia, Wow, comme tu es efficace ! Tes démarches avancent à grands pas. C’est vraiment agréable de penser que tu seras bientôt chez toi. Cela doit t’enlever un brin de pression. En lisant ta lettre et le passage sur l’exercice du cercle, j’ai pensé à un article paru dans une revue. Tu sais le genre que j’adore, avec les petits tests psychos-pops rigolos. Un psychologue y parlait des différences dans l’éducation des hommes et des femmes. Il abordait la socialisation en énumérant ce que la société attend d’une fille et d’un garçon. Selon lui, encore aujourd’hui, une femme se doit d’être douce, émotive, serviable, séduisante, toujours prête à aider les autres tout en étant une bonne fille, une épouse dévouée, puis une mère aimante et une grand-maman disponible. Il parait même que de s’inquiéter pour ses proches est un comportement socialement désirable pour une femme. C’est une preuve d’amour. En bonne mère de famille, on s’inquiète pour nos enfants, nos parents, nos amies, notre mari. Pour un homme, la société attend de lui qu’il ne montre pas trop ses émotions. Sa colère est plus acceptée que celle des femmes, mais il doit être fort, autoritaire, protéger sa famille et tenir le rôle du pourvoyeur. Autrement dit, nos enfants apprennent dès le départ qu’ils seront valorisés s’ils adoptent des comportements stéréotypés. Lorsque j’ai terminé ma lecture, je me suis aussitôt écriée «Il faut que ça change!!!». Ma patronne se demandait bien ce que j’avais à m’exclamer ainsi au beau milieu d’une cafétéria bondée. Mais, impossible de me taire. Imagine ce que vivent les personnes qui n’entrent pas dans le moule ! Et sans un changement des mentalités, comment contrer la violence conjugale ? En apprenant à nos filles à se centrer sur les besoins et le regard des autres plutôt que de prendre soin d’elles, est-ce qu’on ne risque pas de créer un terreau fertile pour des rapports inégaux dans un couple et possiblement le contrôle et la violence? Je mentirais si je disais que je ne me reconnaissais pas en lisant cet article. Je suis présente sur le marché du travail et on attend de moi que je sois efficace et compétitive. Mais les responsabilités liées à mon rôle traditionnel demeurent et entrent souvent en conflit avec les nouvelles exigences que je dois rencontrer. J’ai tout de suite fait le lien avec ce que tu m’as raconté au sujet de ta belle-mère. Son air de reproche visait probablement à te faire sentir coupable de t’éloigner du comportement attendu de toi. La culpabilité est tellement présente dans nos vies… Ta belle-maman se sent responsable au point de se sacrifier pour le bonheur des autres. Mais, le prix à payer est très élevé, surtout dans un contexte de violence conjugale. J’espère qu’en te voyant faire, elle se dira qu’il y a de l’espoir, que c’est possible pour elle aussi de vivre sans violence… J’ai hâte que l’on puisse échanger toutes les deux sur ce sujet si prenant devant un bon café latté et confortablement installées dans ton nouveau salon !!! Grosse Bise xxx Élyse
lettre à une amie 12Chère Élyse, J’ai une bonne nouvelle à t’annoncer. J’ai trouvé...
Chère Élyse, J’ai une bonne nouvelle à t’annoncer. J’ai trouvé un appartement ! J’ai signé mon bail ce matin. Je suis tellement contente. J’avais peur de ne pas trouver à me loger à un prix abordable, car mes revenus sont un peu trop élevés pour avoir droit à un logement subventionné. Une des femmes hébergées avec moi va déménager dans un appartement. Deuxième étape pour un an. C’est un type de logement qui permet aux femmes victimes de violence conjugale de réapprendre à vivre seule dans un lieu sécuritaire et supportant pour elles et leurs enfants. Il y a des règlements à respecter et le conjoint ne doit pas connaître l’adresse, mais c’est une protection supplémentaire pour cette femme car son mari est très dangereux. Moi, j’ai entendu parler d’une coopérative d’habitation qui recherchait un membre avec des aptitudes en comptabilité. Pile dans mes cordes. Ce n’est pas le grand luxe, mais il y a deux chambres et Samuel pourra se faire des amis car il y a des enfants dans l’immeuble. Je déménage dans trois semaines. Ouf ! Ça me donne tout juste le temps d’organiser mon départ. J’étais stressée au début, car j’avais des choses à prendre chez moi. Mon père m’a offert d’y aller avec moi, mais j’avais peur que les choses dégénèrent si Paul était là. Heureusement, mon intervenante m’a dit qu’elle pouvait m’accompagner avec les policiers pour récupérer mes effets personnels. Lorsque j’y suis allée, ma belle-mère était là. Elle m’a regardé d’un air de reproche et je me suis sentie mal, mais tout s’est passé dans le calme. Les policiers étaient compréhensifs et je me sentais en sécurité. Tu sais, en repensant à mes beaux-parents, je me suis demandé si ma belle-mère ne vivait pas de la violence conjugale. Elle est si effacée et nerveuse quand mon beau-père est là. Il décide de tout. Elle ne réplique jamais quand il lui coupe la parole, lui manque de respect ou lui donne des ordres. Je sais qu’on lui a enseigné depuis qu’elle est toute petite qu’elle devait servir son mari et se sacrifier pour le bonheur des autres. C’est sans doute pourquoi elle prenait toujours la défense de Paul quand elle était témoin de ses agissements. Pour elle, la femme a la responsabilité de préserver la famille à tout prix. Moi aussi, j’ai intégré des messages sur les devoirs des femmes et des mères. Je m’en suis rendue compte à la dernière thématique que nous avons eue. On devait préparer un cercle dans lequel on plaçait le nom de toutes les personnes importantes pour nous et l’espace qu’elles tenaient dans notre cercle. Eh bien, peux-tu le croire ? La moitié des femmes n’avaient pas inscrit leur propre nom dans le cercle. Et moi non plus! Ça m’aide de pouvoir partager avec les autres femmes hébergées. On se soutien, on se comprend et on se donne des trucs pour passer à travers les difficultés. Une de nos préoccupations est que nos garçons et nos filles vivent des relations saines plus tard. Qu’ils apprennent à s’aimer et à se respecter. J’espère que mon départ aura démontré à Samuel que la violence n’est pas acceptable dans un couple. Je te recontacte bientôt. J’ai très hâte de pouvoir t’inviter dans mon nouveau chez moi. Sylvia
réponse lettre à une amie 11Chère Sylvia, Je suis heureuse d’avoir de tes nouvelles et de savoir que Sam et to...
Chère Sylvia, Je suis heureuse d’avoir de tes nouvelles et de savoir que Sam et toi avez enfin pu parler à coeur ouvert. J’ai été touchée par tes remerciements. C’est moi qui ai toute une chance de t’avoir comme amie. Je te trouve tellement courageuse devant les difficultés, tu es un exemple pour moi. Disons simplement que l’on pourrait un jour chanter ensemble le classique de Jean-Pierre Ferland « une chance qu’on s’a ». Encore une fois, tu m’as fait réfléchir cette semaine. Ta dernière lettre m’a confirmé que la violence conjugale ne fait pas de discrimination, qu’elle touche les femmes de tous les âges et de tous les groupes sociaux, peu importe leur culture. En pensant à cette femme dont tu m’as parlé, je me disais qu’il n’a pas dû être facile pour elle d’apprendre la langue et de s’adapter à notre réalité culturelle alors qu’elle était victime de violence. C’est terrible de voir à quel point la dépendance économique et sociale découlant du parrainage l’a placée, dès le départ, dans un contexte de vulnérabilité. Personnellement, je me suis liée d’amitié au travail avec une femme immigrante qui est ici depuis plus de 10 ans. En discutant avec elle lors d’un dîner, j’ai été surprise par ce qu’elle me racontait. Je pensais à tort que ces femmes étaient moins vulnérables, qu’elles connaissaient les ressources d’aide… mais ce n’est pas toujours vrai. Parfois, elles ont peu de contacts en dehors de leur famille et se retrouvent encore très isolées. Malheureusement, cet isolement est souvent amplifié par les préjugés qu’elles doivent affronter. Cela me choque lorsque j’entends des gens, pourtant intelligents, justifier la violence et le contrôle d’un mari sous prétexte que ce serait culturel chez eux. Eh bien non, la violence n’est normale nulle part et pour personne !!! La violence conjugale n’est pas justifiable ! Le fait qu’elle soit malheureusement perçue comme socialement acceptable dans certains pays n’est pas une raison valable pour ne pas la dénoncer ici. Peu importe la culture d’origine, la violence conjugale est et reste, le désir du conjoint de maintenir le contrôle sur sa partenaire et d’obtenir des gains en utilisant des rapports de force. Bon voilà que je m’emporte, mais que veux-tu, l’injustice me trouble. Mon amie me racontait que plusieurs choses ont heurté ses valeurs au départ, mais que l’adaptation est possible. Les femmes immigrantes doivent souvent faire face à une conception des rapports hommes femmes dans la société d’accueil qui diffère de celle de leur pays d’origine. Cette réalité fait en sorte que certaines mettront plus de temps avant de demander de l’aide. D’autant plus, si elles ont perdu toute estime d’ellesmêmes dans un contexte de violence conjugale ou si elles viennent dans un pays où la confiance envers les autorités a été ébranlée. Mais heureusement, l’expérience de cette femme hébergée et celle de mon amie nous prouve que c’est possible ! Merci de m’avoir fait partager cette histoire inspirante. Comme toi, cette femme a démontré une grande force et je suis encore plus remplie d’espoir, pour toutes les femmes, peu importe leur provenance. Continue d’être celle que tu es, si vraie, si authentique. Élyse
lettre à une amie 11Ma chère Élyse, =Tu te souviens, je t’avais écrit que j’avais du mal...
Ma chère Élyse, =Tu te souviens, je t’avais écrit que j’avais du mal à trouver les mots pour expliquer à Samuel la raison pour laquelle nous avons quitté la maison ? J’ai enfin décidé de me faire confiance et de répondre simplement à ses questions. Nous sommes allés marcher et j’ai vérifié comment il se sentait. C’est comme s’il avait enfin la permission de parler et il m’a ouvert son coeur. Il se sent bien et en sécurité ici, mais il se croyait responsable de notre départ. Je l’ai rassuré. Il a pleuré, s’est choqué et a rit. Il aime beaucoup ses nouveaux amis et son intervenante. Cette rencontre a été bénéfique pour nous deux. Je lui ai dit de venir m’en parler s’il avait des inquiétudes, que je serai toujours là pour lui. Tu sais, j’ai vu mon avocate et je poursuis ma recherche de logement mais, en plus du temps pour mes démarches, mon séjour en maison d’hébergement me donne la chance de faire de belles rencontres. Je pense à une femme qui est arrivée il y a 3 jours. J’ai été touchée par son histoire à la fois si différente et si semblable à la mienne. En l’écoutant, j’ai réalisé que si la violence conjugale a de lourdes conséquences pour toutes celles qui la subissent, il y a des femmes pour qui c’est une vraie course à obstacles de s’en sortir. Cette femme n’est pas née ici. Elle est venue rejoindre son mari au Québec il y a 2 ans. Elle a laissé derrière elle parents et amies et a dû s’adapter au climat, à la nourriture, à la culture. Seule à la maison avec sa petite fille et sans connaître la langue, elle se sentait anxieuse, incomprise et sans importance. Dans son pays, son mari était déjà agressif et contrôlant, mais les gens lui disaient de rester avec lui car un divorce, c’est la honte pour la famille. Elle m’a confié qu’après que son mari l’ait parrainée, la situation s’est détériorée au point qu’elle a craint pour sa vie. Elle ne savait pas quoi faire, car elle ne connaissait pas nos lois, ni les ressources disponibles. Heureusement, au groupe de francisation elle a appris qu’elle pouvait obtenir de l’aide gratuite et confidentielle pour elle et sa fille. Mais, elle avait peur. Son mari était garant d’elle pour 3 ans et elle craignait d’être expulsée du pays et de perdre son enfant en le quittant. Elle m’a appris qu’un parrain doit rembourser ce que la personne parrainée reçoit en prestations sociales. Elle ne voulait pas imposer cette charge à son mari. « Mais comment nourrir ma fille si je ne trouve pas de travail ? » Elle était complètement dépendante de l’homme qui la brutalisait. Elle avait honte et n’osait pas en parler. C’est seulement après avoir été hospitalisée suite à une agression de son mari qu’elle a demandé de l’aide. Sa situation est complexe à cause de son statut d’immigrante et ses démarches sont nombreuses, mais quand l’intervenante lui a dit que le Ministère de l’Immigration reconnaît la violence conjugale comme motif pour rompre l’engagement de parrainage, elle a été vraiment soulagée. Elle comprend mieux le français maintenant, mais elle a apprécié d’avoir la possibilité d’obtenir des documents dans sa langue et de faire appel à une interprète au besoin pour ses rencontres de suivi. Je la trouve si courageuse. Si je te raconte tout ça, c’est que je voulais te remercier Élyse. Ta confiance en moi me donne l’énergie dont j’ai besoin en ce moment. Je me rends compte que j’ai beaucoup de chance de t’avoir eu auprès de moi dans cette période difficile. Merci d’être là. Sylvia
réponse lettre à une amie 10Sylvia, Je suis d’accord avec toi, mon amie. Quitter Paul était la seule solution ...
Sylvia, Je suis d’accord avec toi, mon amie. Quitter Paul était la seule solution possible. Tu étais en train d’y laisser ta santé et Samuel aussi. Il est normal que Samuel et toi ressentiez encore des effets de la violence que vous avez subie et ce, même après avoir quitté la maison. Seuls le temps et la persévérance dans tes démarches pourront t’apporter la tranquillité que tu mérites tant. Et pour ton petit Samuel, j’ai confiance qu’avec de l’amour, de l’attention et de la compréhension, toutes ces choses qu’il a toujours pu trouver auprès de toi, il s’en sortira sans trop de séquelles. De toute façon, en vivant dans une maison où la violence est présente, je suis convaincue que les conséquences à long terme sur ton fils auraient été plus importantes. D’avoir à accomplir toutes ces démarches si rapidement doit te prendre de l’énergie. Mais, j’imagine que le fait de savoir qu’après tu vivras dans un foyer sans violence, en sécurité avec ton fils, doit te donner la force de traverser ces étapes. Je ne sais pas si tu sais à quel point j’étais inquiète lorsque je lisais tes premières lettres Sylvia. Je ne te reconnaissais plus. Et tu vois, après seulement quelques jours sans vivre de la violence, je vois déjà ta fougue revenir. Tu es active dans tes démarches et ton énergie, tu la mets à la bonne place – pour toi et ton fils. Je suis vraiment impressionnée par ton courage et ta détermination. À travers toi, j’ai appris que lorsqu’on vit dans la violence, notre vision de la réalité est biaisée car nous sommes trop influencées par le discours de notre « amoureux ». J’avais parfois l’impression que tu perdais ta personnalité propre, que tu étais centrée uniquement sur ton conjoint. Je te vois actuellement te transformer et je trouve que c’est super beau de te voir aller. Je te sens vraiment plus en possession de tes moyens. Cela me réconforte d’apprendre que tu as le soutien de ton patron, qui t’aide à sa manière à te sortir de l’emprise de la violence conjugale. Je comprends dans ta lettre que tu es bien entourée par les intervenantes en maison d’hébergement afin que ton séjour soit un tremplin vers une vie nouvelle, mais si tu as besoin de moi pour quoi que ce soit, n’hésite surtout pas à me contacter. Ne lâche pas ma Sylvia, tu es capable ! Ta grande complice, Élyse
lettre à une amie 10Chère Élyse, Comment vas-tu ? Moi, ça va. Tu sais, nous sommes bien ...
Chère Élyse, Comment vas-tu ? Moi, ça va. Tu sais, nous sommes bien à la maison d’hébergement, mais parfois je me sens coupable. Hier, Samuel cherchait un de ses jouets préférés et j’ai réalisé que je l’avais oublié en partant de la maison. Il m’a demandé si nous pouvions aller le chercher et je n’ai pas su quoi lui répondre. Comment lui expliquer que j’ai trop peur de croiser son père? Je me demande si Samuel m’en veut d’avoir chamboulé sa vie. Il n’en parle pas. J’espère qu’il ne croit pas que c’est de sa faute si j’ai quitté Paul. Les révélations qu’il m’a faites sur les comportements de son père envers lui ont peut-être précipité ma décision, mais tôt ou tard j’aurais dû partir. C’était une question de survie. Heureusement, je vais voir l’intervenante mère-enfant demain. Je suis certaine qu’elle pourra m’aider à trouver des moyens pour expliquer les choses simplement à Samuel. Ensuite, elle discutera avec Sam. Il pourra se confier un peu. J’essaie d’être à son écoute le plus possible, mais j’ai tant de choses en tête… J’ai d’ailleurs eu du mal à m’endormir la nuit dernière. Je pensais à Samuel et aussi à ma dernière rencontre avec Mary, mon intervenante de suivi. Nous avons discuté de mes besoins et de mes objectifs pendant mon séjour. J’avais de nombreuses questions concernant mes droits et les démarches qui m’attendent. Comme je pense à divorcer, elle m’a demandé si je songeais à demander la garde provisoire de Samuel dans un premier temps. Mary m’a aussi informée des critères pour avoir droit à l’aide juridique. Je ne pense pas être admissible, mais je dois me trouver un avocat. J’ai besoin d’informations concernant ma situation personnelle et le patrimoine familial. Mary m’a remis les coordonnées de quelques avocats. Nous avons aussi parlé de la médiation familiale. Elle m’expliquait que c’est un bon système lorsque les deux parties sont de bonne foi, mais que la loi prévoit des exemptions dans les cas de violence conjugale. Parmi les démarches que je dois faire, il y a aussi la recherche d’un logement Je vais faire un budget pour savoir quel loyer je peux me permettre. J’aimerais trouver un petit appartement près d’un parc. Il faudra sans doute que Samuel change d’école… Je jonglais à tout ça et à mon patron, qui a gentiment accepté que je prenne mes vacances tout de suite. Je ne sais pas si je t’avais dit que Paul est passé plusieurs fois depuis mon départ ? Il téléphone souvent au bureau. Mon retour au travail me stresse. Trop nerveuse pour dormir, je me suis levée. Tout était tranquille dans la maison. Je me suis préparé une tisane et l’intervenante de nuit est venue me tenir compagnie. On a discuté de tout et de rien. Finalement, je me suis détendue et je suis allée me coucher. Ce matin, je suis passée à l’action. Le fait d’avoir accès à internet sur place me facilite les choses. J’ai trouvé l’information dont j’avais besoin et j’ai fait de nombreux appels. J’ai obtenu un rendez-vous avec une avocate et je la rencontre lundi. Mon intervenante a vérifié avec moi pour savoir si j’avais besoin qu’elle m’accompagne pour ce rendez-vous. Je crois pouvoir y aller seule, mais ça m’a rassurée de savoir que c’était possible. Comme tu vois, les choses bougent vite en ce moment, mais je suis bien entourée. Au plaisir de te revoir bientôt. Je t’embrasse. xxx Sylvia Sylvia
réponse lettre à une amie 9Sylvia, J’ai lu ta dernière lettre avec tellement d’enthousiasme, j’y ai appris ta...
Sylvia, J’ai lu ta dernière lettre avec tellement d’enthousiasme, j’y ai appris tant de choses. Je ne savais pas qu’il existait tant de différences entre une chicane de couple et un événement de violence conjugale ! Les indices que t’a donnés l’intervenante sont des outils précieux qui amènent un nouvel éclairage sur ce que tu as vécu. Je t’entends encore me raconter dans tes premières lettres tout l’isolement que tu vivais et la relation avec ta mère qui en souffrait énormément. Tu devais même lui demander de faire attention à ses paroles devant Paul afin d’éviter les confrontations. Je te trouve bien courageuse, ma Sylvia, d’être capable d’ouvrir et de partager ton quotidien avec des personnes qui t’étaient inconnues il n’y a pas si longtemps. En même temps, cela doit être rassurant de constater que tu n’es pas seule et de pouvoir parler librement. En tout cas, moi de l’extérieur, je me dis que la violence conjugale, ça ne peut pas être seulement l’affaire d’une ou des femmes, c’est un problème de société ! Avec les dernières semaines, j’ai réalisé à quel point ce n’est pas simple d’identifier la violence conjugale qu’une femme peut vivre. Je me suis aussi questionnée à savoir si c’était par peur ou par ignorance que si peu de gens réagissent lorsqu’ils sont témoins d’une agression. Je sais par expérience que lorsqu’un couple de voisins ou d’amis se « chicane », personne n’a envie d’y mettre son grain de sel, même lorsque cela prend des tournures de violence. Déjà, le simple geste de téléphoner aux policiers permettrait de vérifier si quelqu’un a besoin d’aide et au besoin assurer la sécurité d’une femme et de ses enfants en cas de violence conjugale. Malheureusement, dans le cas contraire, le silence et l’indifférence isolent les victimes et cautionnent les agresseurs. Et je me suis dit, «si on a des doutes qu’une amie, une soeur ou une collègue est victime de violence, pourquoi ne pas lui remettre discrètement une carte, un dépliant ou le numéro d’une maison d’hébergement?» J’ai compris en t’accompagnant à quel point le fait de tendre la main peut faire une différence dans la vie d’une femme et d’un enfant. Je suis si heureuse d’apprendre que vous êtes bien à la maison d’hébergement. De vous savoir en sécurité maintenant et à l’abri de cette violence qui vous détruisait à petit feu est une récompense en soi pour moi. En plus, j’ai bon espoir de bientôt retrouver ma complice d’autrefois avec sa fougue et son positivisme à toute épreuve. Reprends tes forces et reprends ta vie, car elle t’appartient. Continue ton chemin. Élyse
lettre à une amie 9Bonjour Élyse, Je te remercie pour ta lettre pleine de sollicitude. Je savais que ...
Bonjour Élyse, Je te remercie pour ta lettre pleine de sollicitude. Je savais que tu comprendrais ma décision de quitter Paul. J’avais bien senti ton inquiétude pour Samuel et moi. Aussi, je voulais te dire que nous nous adaptons bien à la vie en maison d’hébergement. Il y a des règlements et quelques tâches à faire, mais on m’a bien expliqué pourquoi à mon arrivée et je suis d’accord si c’est pour faciliter la vie communautaire. Tu sais, Sam s’est déjà fait de nouveaux amis. Une petite fille de son âge et un garçon un peu plus âgé. De mon côté, j’ai fait la connaissance des cinq autres femmes hébergées. Je ne mentionnerai pas leur nom pour respecter leur anonymat. La confidentialité est très importante pour assurer notre sécurité. Mais je peux dire qu’elles semblent très sympathiques. Au début, j’étais assez retirée et je n’osais pas parler. Je ne savais pas si j’étais à ma place ici. Mais hier, nous avons eu une rencontre de groupe sur le thème « Quel serait le bon partenaire pour moi? » et ça m’a permis de mieux les connaître. Je me suis reconnue lorsqu’elles parlaient de ce qu’elles avaient vécu avec leur conjoint. Il y avait des différences bien sûr, mais j’ai compris que je n’étais pas seule. Au début de la thématique, on devait écrire ce qu’on cherchait d’un partenaire et ce qu’on ne voulait pas. Puis, on a parlé de la différence entre une relation saine et une relation où il y a de la violence conjugale. Je pensais que l’intervenante allait dire que la différence était l’absence de chicanes, mais non. Elle a dit de nous centrer sur ce que nous ressentons pendant un conflit avec notre conjoint. Si je sens que je suis dans un rapport d’égale à égal et que je peux faire valoir mon point de vue, je suis probablement dans une relation saine, même s’il y a de la colère. Mais si la discussion n’est pas possible, que je me sens agressée, dominée ou obligée de modifier mes comportements pour acheter la paix ou parce que j’ai peur, ce sont des indices d’une relation violente. Elle a posé des questions pour nous aider à faire la différence en analysant une chicane qu’on a eue dans le passé. Est-ce que tu sentais que ton conjoint voulait gagner du pouvoir sur toi? Est-ce que tu banalises les gestes violents qu’il pose ou te blâmes de sa violence ? Après une agression, est-ce qu’il te fait des excuses, des promesses, te donne des cadeaux ? Et enfin, qui est blessée, humiliée, appauvrie, isolée de sa famille ? J’ai repensé aux disputes avec Paul. Je ne sentais pas que j’avais mon mot à dire. Même lorsqu’il s’excusait de m’avoir blessée, il trouvait le moyen de me faire sentir coupable de ce qui était arrivé. Et quand j’y pense, il finissait toujours par avoir gain de cause. Tu te souviens comment il a réussi à me convaincre de refuser cette promotion ? Il m’a fait sentir coupable, m’a crié dessus, bousculée et finalement il m’a eue en pleurant et en disant vouloir ce deuxième enfant qu’il m’avait toujours refusé. Je lui en veux pour ça, mais je m’inquiète pour lui. J’ai tant de choses à penser et à faire. Mon intervenante m’a rappelé que je venais d’arriver et que je pouvais prendre un peu de temps pour moi et Samuel. C’est vrai. Je vais refaire mes forces quelques jours. Je te recontacte bientôt. Amicalement, Sylvia. Sylvia
réponse lettre à une amie 8Chère Sylvia, Quelle bonne idée tu as eu de téléphoner de ton...
Chère Sylvia, Quelle bonne idée tu as eu de téléphoner de ton bureau afin d’obtenir de l’aide. Je crois que dans la situation explosive dans laquelle tu te sentais prise, c’était sans aucun doute la meilleure façon de faire afin d’éviter tout débordement de violence de la part de Paul. Je me suis bien gardée d’insister sur mes peurs la semaine passée pour ne pas t’inquiéter plus que tu ne l’étais déjà. Après tout, tu avais assez de tes angoisses sans vivre les miennes. Mais je dois avouer que je suis plus rassurée de te savoir désormais dans un lieu sécuritaire. Quel soulagement ça doit être pour toi d’avoir pu enfin parler à quelqu’un de l’extérieur de ce que tu vis sans te sentir jugée. L’expertise des intervenantes qui travaillent en maison d‘hébergement te permettra assurément d’avoir un nouvel éclairage sur ta situation. Il y a énormément de femmes et d’enfants qui bénéficient de leurs services tout au long de l’année. J’ai réalisé l’ampleur du fléau lorsque j’ai lu un article la semaine passée dans le journal local où l’on pouvait apprendre qu’une Québécoise sur 5 risque d’être victime de violence conjugale dans sa vie, sans égard à son statut social, son âge ou son revenu. J’ai compris que la victime ça pouvait être tant la caissière du dépanneur que la directrice de l’école. Malheureusement, aucune femme ne peut se considérer à l’abri de la violence conjugale, pas même moi. Ce sera sûrement facilitant pour toi de ne pas avoir de contraintes financières pour t’héberger, en plus de tout le reste qu’il te faut régler. Sans parler que si tu sens le besoin de rencontrer quelqu’un, il y a une intervenante sur place en tout temps. De savoir que tu as des gens pour te soutenir, t’écouter et te conseiller est libérateur pour moi aussi. Je m’en faisais tellement pour toi ma grande amie. Cela dit, je sais qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir afin que vous retrouviez, Sam et toi, une vie équilibrée. Mais, c’est un bien grand pas vers la liberté que tu viens d’accomplir. Si jamais je peux t’être utile dans tes démarches ou si tu as besoin de quelque chose, n’hésite pas à m’en parler. Sur ce, je te laisse aller prendre soin de toi et de ton bout de chou. Embrasse-le pour moi. J’attends d’autres nouvelles. Inconditionnellement! Élyse
lettre à une amie 8Ma grande amie, J’ai du mal à y croire, mais ça y est… J’ai fait le grand s...
Ma grande amie, J’ai du mal à y croire, mais ça y est… J’ai fait le grand saut. Je suis partie de la maison avec mon fils ce matin. Lundi midi, j’ai contacté une maison d’hébergement afin de prendre de l’information. Je ne voulais pas appeler de la maison, alors je suis restée dans mon bureau lorsque mes collègues sont sortis dîner. L’intervenante à qui j’ai parlé a pris le temps de m’écouter et de répondre à toutes mes questions. Elle était bienveillante envers moi et je ne me suis pas sentie jugée. Nous avons parlé de ce qui m’amenait à demander de l’aide, de ma relation avec Paul et de mes craintes. Nous avons regardé ensemble les options possibles pour moi, si j’avais un endroit sécuritaire où aller. Lorsque j’ai mentionné à l’intervenante que je craignais que mon mari ne vienne me harceler chez ma mère si je m’y installais, elle m’a demandé si j’avais envisagé la possibilité de venir en maison d’hébergement. Elle m’a parlé de la réalité de la vie communautaire et de l’aide offerte par les maisons d’hébergement. J’ai été soulagée d’apprendre qu’il n’y avait pas de frais pour la chambre, les repas et les rencontres d’intervention pour les femmes et les enfants. Ça donne le temps de se remettre sur pieds. Elle m’a expliqué que leur maison était comme une grande demeure familiale avec des aires communes, dont le salon, la cuisine et la salle de jeux, quelques bureaux et des chambres privées. J’ai senti que c’était ce que je devais faire et j’ai demandé si on pouvait me réserver une chambre. Je voulais partir le plus vite possible, car j’avais peur que Paul ne se rende compte d’un changement dans mon attitude. Il y avait bien une chambre disponible pour Samuel et moi. L’intervenante m’a donc aidée à planifier mon départ de façon sécuritaire. Après avoir raccroché, je me sentais fébrile mais plus sure de moi. Le lendemain matin, dès que Paul est parti pour le bureau, j’ai avisé mon patron que je n’irais pas travailler et j’ai informé l’école que Samuel serait absent. J’ai écrit un mot à Paul, puis j’ai dit à Samuel que nous allions dans un endroit pour nous reposer tous les deux. Ensuite, j’ai préparé nos valises et nous sommes partis. Trente minutes plus tard, je sonnais à la porte de la maison d’hébergement. L’intervenante nous a accueillis chaleureusement. Elle nous a fait visiter la maison. C’est calme et bien aménagé. Nous avons une chambre juste pour nous deux. On nous a présenté les autres résidentes. Ensuite, pendant que Samuel s’amusait dans la salle de jeux avec l’intervenante jeunesse, j’ai rencontré mon intervenante dans son bureau. J’ai pu parler de mes émotions, de mes craintes, de mes attentes. Cela m’a fait du bien. Samuel et moi sommes en sécurité maintenant. Merci de m’avoir encouragée à foncer. Je vais prendre le temps de m’installer et je te recontacte dès que possible. Sylvia
réponse lettre à une amie 7Sylvia, Ça me rassure de savoir que Samuel et toi avez pu avoir une discussion. Je...
Sylvia, Ça me rassure de savoir que Samuel et toi avez pu avoir une discussion. Je me doute bien de la peine que tu as pu ressentir de savoir que ton enfant souffre et qu’il est malheureux. Je crois sincèrement que tu n’as pas à te culpabiliser de ce qu’il vit, car Samuel et toi êtes VICTIMES de violence. Je suis outrée d’apprendre que Paul avait aussi des comportements violents envers ton fils. Je savais que Samuel était témoin de toute cette agressivité, mais d’apprendre qu’il a lui-même été victime de son père est terrible. Je comprends bien qu’après un tel dévoilement, tu songes à quitter la maison. Je me sens soulagée par ta décision. En même temps, je crois que moi aussi j’ai peur de la réaction que Paul pourrait avoir s’il découvrait tes intentions. Je pense que c’est une bonne stratégie de ne pas l’aviser de ton départ. S’il sentait qu’il perd le contrôle sur toi, j’ai le sentiment qu’il pourrait réagir violemment. Il est plus prudent de commencer par vous mettre à l’abri de ses excès de colère avant d’avoir cette discussion avec lui. C’est pourquoi je demeure persuadée que c’est une très bonne idée que de contacter, le plus tôt possible, une maison d’hébergement afin d’être accompagnée et conseillée. Il y a des milliers de femmes et d’enfants qui, chaque année, trouvent réconfort, soutien et sécurité dans ces maisons. Les personnes qui y travaillent ont certainement l’expertise nécessaire pour t’aider. Je suis consciente que c’est une grosse décision que tu viens de prendre Sylvia, mais je veux que tu te souviennes que tu n’es pas seule dans cette épreuve. Évidemment, ce n’est pas tout le monde qui comprend les enjeux et les déchirements de quitter un conjoint violent. Cependant, dans les moments difficiles pense à ceux qui t’aiment et te soutiennent. Ne te laisse pas ébranler par les préjugés et les jugements. Fonce Sylvia ! Le soleil brillera de nouveau pour toi. Élyse
lettre à une amie 7Bonjour Élyse, Suite à ma discussion avec le professeur de maternelle, j’ai...
Bonjour Élyse, Suite à ma discussion avec le professeur de maternelle, j’ai eu une longue conversation avec mon petit garçon et j’ai compris à quel point il était anxieux et malheureux. Je m’en veux tellement de ne pas avoir vu tout cela plus tôt. Si tu savais tout ce qu’il m’a raconté… Je lui cachais des choses pour le protéger et lui faisait la même chose pour moi. Mon fils qui tente de me protéger, c’est le monde à l’envers. Tout ce temps-là, je croyais que Paul n’était agressif qu’avec moi. Je me trompais Élyse. Samuel m’a confié comment les choses se passaient lorsqu’il était seul avec son père. Des cris, des mots blessants, des pénitences injustes… Un jour, il a cassé son hockey en deux sous prétexte qu’il avait oublié de le ranger. À moi, il avait dit que c’était un accident dans la cour d’école. Mon pauvre petit… Je m’en veux et j’en veux à Paul. Je suis tellement en colère ! Je voudrais lui dire en face tout ce que je pense de lui et de sa méchanceté. Mais j’ai peur qu’il en profite pour nous faire encore plus de mal à Samuel et moi. Il a tout brisé Élyse ! Nous aurions pu être si heureux s’il y avait mis du sien. J’ai le coeur gros, mais ma décision est prise. Je ne sais pas comment je vais y arriver, mais je dois partir. Ce qui est difficile, c’est que je dois organiser mon départ sans éveiller les soupçons de Paul ou de ma belle-famille. Il faut que je continue d’agir normalement. Sinon, j’ai peur qu’ils arrivent à me convaincre de rester par des menaces, des promesses ou en me culpabilisant. Je sais que je suis encore fragile et je me sens déjà assez coupable comme ça. Mais non, ils ne me retiendront pas. Il y a quelque chose qui s’est brisé en moi lorsque j’ai vu mon petit ange pleurer toutes les larmes de son corps. Je n’ai plus d’espoir que Paul change. Maintenant, ma priorité est de protéger mon enfant et de le rassurer. Peutêtre que nous aurons des épreuves et des difficultés à surmonter, mais nous serons ensemble et nous vivrons dans un environnement sain et paisible. Je pense que je vais suivre tes conseils et contacter une maison d’hébergement. Peutêtre qu’avec l’aide d’une intervenante je réussirai à partir d’ici de façon sécuritaire. Je ne sais pas encore où j’irai. Ma mère nous accueillerait sûrement pour quelques jours, mais elle n’a pas beaucoup d’espace et c’est le premier endroit où Paul viendrait nous chercher. Je vais m’informer aussi sur le fonctionnement de la maison d’hébergement. Je t’en donnerai des nouvelles. Je me sens comme si j’étais sur le point de sauter dans le vide, mon amie. Mais je suis déterminée et je sais que je peux compter sur ton soutien. Merci pour tout. Sylvia
réponse lettre à une amie 6Ma chère Sylvia, Ta dernière lettre m’a beaucoup ébranlée. &C...
Ma chère Sylvia, Ta dernière lettre m’a beaucoup ébranlée. Ça me touche et me peine grandement de savoir que ton Samuel n’est pas au meilleur de sa forme. Je dois te dire que j’avais effectivement remarqué qu’il semblait nerveux la dernière fois que je l’ai vue. J’ai cru que le fait d’avoir commencé l‘école pouvait le stresser. Malheureusement, il était prévisible qu’un jour ou l’autre la violence de Paul ait des conséquences sur votre fils. Même si parfois nous pensons que nos enfants ne savent pas ou ne comprennent pas tout, ils sont souvent des témoins silencieux de nos vies. Je me doutais bien que Samuel pouvait s’inquiéter pour toi. J’avais l’intention de t’en parler, mais tu as eu cette rencontre scolaire avant que je puisse le faire. Je comprends ton bouleversement, à quel point cette rencontre a pu te perturber. Dans la vie, on veut ce qu’il y a de mieux pour nos enfants. Je sais que ton garçon fait partie des raisons qui te retiennent de quitter Paul et que tu veux le protéger de la souffrance d’une séparation. Comme tu me l’as déjà mentionné, Paul est, et restera son père quoiqu’il arrive. Samuel et toi avez cependant le droit de vous sentir en sécurité. Je te sens anxieuse pour Samuel. Effectivement, je pense qu’une conversation avec ton petit bonhomme pour le rassurer et voir comment il se sent vous ferait du bien à tous les deux. Pour ce qui est de tes questionnements sur les mots à utiliser, je crois que tu es sa maman, donc la mieux placée pour savoir comment aborder ce sujet délicat avec lui. Fais-toi confiance. En écoutant ton coeur, je suis certaine que tu sauras trouver les bons mots. Peut-être même que par la suite, il pourrait rencontrer quelqu’un à l’école, en qui il a confiance, comme une éducatrice ou la psychologue scolaire, afin de pouvoir exprimer ses peurs et ses angoisses. J’ai bien peur que sa santé en souffre de plus en plus à lui aussi. Je rêve d’un jour où je vous saurai en sécurité toi et le petit. Tu mérites ce qu’il y a de mieux dans la vie. Tous tes sacrifices afin de sauver ta famille n’empêchent malheureusement pas la violence de Paul. Je te laisse prendre le temps de penser à tout cela, mais je veux que tu me promettes que si la situation dégénère et que tu as peur, tu feras appel aux policiers. Élyse xxx
lettre à une amie 6Chère Élyse, Je te remercie pour ton soutien et tes mots d’encouragement. J...
Chère Élyse, Je te remercie pour ton soutien et tes mots d’encouragement. Je suis toujours en réflexion et j’essaie de refaire mes forces. Je fais de mon mieux pour que ma baisse d’énergie n’ait pas trop de conséquences au travail et à la maison. Si je ne garde pas le rythme, la routine familiale est perturbée et Paul devient impatient. Par ailleurs, j’ai été surprise de recevoir un appel du professeur de Samuel hier matin. Elle souhaitait me rencontrer de toute urgence. Comme elle ne voulait pas m’en dire davantage au téléphone, je suis allée la rencontrer à l’école le jour même. J’étais inquiète. Quand je suis arrivée, les enfants étaient au gymnase et nous nous sommes installées dans la classe. Elle m’a expliqué qu’elle avait constaté des changements chez Samuel depuis quelques semaines. Lui, d’habitude si enjoué, est devenu irritable avec les autres enfants et il semble triste. Il lui arrive aussi de s’endormir pendant la lecture. Même les jeux l’intéressent de moins en moins et il se plaint souvent de maux de ventre. La veille, la journée avait été particulièrement difficile et elle a dit à Samuel qu’elle devrait en parler à ses parents. Aussitôt, Samuel se serait mis à pleurer à chaudes larmes et à paniquer à l’idée que son père soit au courant de ses problèmes à l’école. Le professeur était étonné de voir qu’il avait surtout l’air inquiet pour moi. Samuel avait peur que son père s’en prenne à moi parce qu’il ne dormait pas et se comportait mal en classe. En tentant de le calmer, elle a compris qu’il ne voulait pas s’endormir avant d’être certain que son père dormait et qu’il n’y avait pas de danger qu’il me fasse mal. J’étais effondrée et morte de honte. Je ne pensais pas que Samuel avait eu connaissance des disputes entre son père et moi. J’avais bien remarqué qu’il avait du mal à s’endormir dernièrement, mais jamais je n’aurais pensé que mon petit bonhomme portait tout ce poids sur ses épaules. Comment se fait-il que je n’aie rien vu ? En y repensant, je me souviens que Samuel avait l’air très inquiet il y a quelques semaines, lorsqu’il a constaté à son réveil que ma cheville était blessée. Je lui avais dit être tombée par accident et il ne m’avait pas posé de question. Est-ce qu’il a entendu quelque chose ce soir-là? J’ai pensé à ça toute la nuit. Je dois discuter avec Samuel pour le rassurer et voir comment il se sent. J’espère trouver les mots. Qu’est-ce que tu lui dirais toi? Il a juste cinq ans. Son père et moi devrions lui apporter du réconfort, de la sécurité, pas de l’inquiétude et de la crainte. Je n’ai rien dit à Paul pour l’instant. J’avoue que je ne m’attends pas à une bonne réaction de sa part et je ne voudrais pas que Samuel se sente coupable d’avoir parlé à son professeur. Moi qui croyais que mes sacrifices permettaient de maintenir un foyer stable pour mon fils, je suis très affectée par ce que j’ai appris. J’attends ta réponse avec impatience. Sylvia
réponse lettre à une amie 5Ma grande amie, Comment te portes-tu? Je suis soulagée que tu dormes un peu mieux....
Ma grande amie, Comment te portes-tu? Je suis soulagée que tu dormes un peu mieux. C’est dommage que tu n’aies pas parlé de tout ce que tu vis au médecin, mais tu as fait un premier pas pour prendre soin de toi et je te félicite. J’ai bien réfléchi à nos échanges qui durent depuis quelque temps. J’ai de la peine de voir comme tu souffres, et je dois t’avouer que je me suis demandée plus d’une fois pourquoi tu ne quittais pas ce milieu empreint de violence. De l’extérieur quitter peut sembler parfois si simple, si facile. On peut même se demander pourquoi une femme ne part pas dès le premier signe de violence. Mais je sais de tout mon coeur à quel point tu aimes ta famille et que tu veux prendre la meilleure décision. Je comprends également que la situation est loin d’être simple et qu’elle comporte plusieurs enjeux, c’est pourquoi je ne te juge pas. La société nous a longtemps convaincues que le mariage, c’était pour le meilleur et pour le pire. Mais pas dans de telles conditions Sylvia ! Les menaces voilées que Paul t’a faites cette semaine en disant que tu peux t’attendre au pire si jamais tu le quittais sont inacceptables. Je peux comprendre que, dans un tel contexte, tu aies peur que la violence augmente si tu te soustrais à son contrôle. Je vois bien à quel point tu dois faire face à des peurs, mais aussi à des deuils afin de te sortir de ce contexte de violence. Je t’entends lorsque tu me nommes ta peur de la solitude ou de ne pas être à la hauteur. Je sais que tu vis des craintes devant les changements à venir, la garde de Samuel et même les éventuelles difficultés financières. Mais je crois toujours que c’est possible de traverser ces épreuves, une à la fois, jour après jour. Le courage et la force dont tu as toujours fait preuve te seront de précieux alliés devant ces obstacles, car tu mérites une vie empreinte de respect et d’amour. J’imagine que l’espoir que les choses puissent s’arranger fait que tu t’accroches fort à ton projet de vie. Je te comprends tellement, moi aussi j’aurais le coeur à l’envers à l’idée de quitter celui qui partage ma vie depuis toutes ces années. Sans parler du jugement de certains amis ou des membres de la famille. Peu importe le temps et l’énergie que cela prendra, je sais qu’un jour tu retrouveras une vie agréable et sans violence. Cela me soulage que tu aies les numéros de téléphone des maisons d’hébergement dans ton sac, car tu sais, elles sont là pour toutes les femmes et les enfants vivant dans un contexte de violence conjugale. Elles offrent l’hébergement au besoin, mais aussi de l’écoute téléphonique et des rencontres de suivi avec des intervenantes. Je pense sincèrement que tu gagnerais à faire appel à leurs services, car j’ai l’impression que tes réserves d’énergie sont presque épuisées. Surtout, fais attention à toi. Tu es importante pour moi et je t’aime ! Élyse xxx
lettre à une amie 5Bonjour Élyse, Tu te souviens que dans ta dernière lettre, tu écriva...
Bonjour Élyse, Tu te souviens que dans ta dernière lettre, tu écrivais que mon corps me parle et qu’il me demande de réagir? En repensant à mes problèmes de santé, je me suis dit que c’était bien possible. Je suis donc allée voir un médecin au CLSC. Je lui ai parlé de ma fatigue, de mes insomnies et de ma nervosité. J’aurais voulu me confier davantage, mais je n’ai pas osé. Au moins, il m’a prescrit des médicaments et je dors un peu mieux. Malgré cela, je suis très préoccupée. Si, comme tu dis, j’ai peu à espérer d’une thérapie de couple, je ne sais pas ce que je dois faire. Partir? Paul est le père de Samuel. Si je brise la famille, mon fils va en souffrir et mon mari aussi. Ils sont importants pour moi et je les aime. Je me suis mariée car je voulais un environnement stable pour fonder une famille aimante et solide. Je ne veux pas abandonner mon projet de vie parce que c’est plus dur que prévu. On a vécu tant de choses Paul et moi, on devrait passer au travers. Et dis-moi, qu’est-ce que je ferais toute seule avec un jeune enfant? Le quotidien serait peut-être encore plus pénible. Je suis tellement épuisée, est-ce que je serais capable d’élever mon fils toute seule? Ou pire encore, de vivre sans lui si jamais son père en avait la garde exclusive? Et financièrement? Déjà avec deux salaires, nous avons des fins de mois difficiles. Je ne voudrais pas que mon fils soit privé à cause de mes choix. De toute façon, Paul n’accepterait jamais que je parte avec Samuel. L’autre soir, il m’a dit que, si un jour je le quittais, je pourrais m’attendre au pire. Il n’a rien ajouté mais, comme nous venions d’entendre un reportage sur un drame familial, ça m’a troublée. La vérité, c’est que j’ai peur Élyse. Peur de la solitude, du jugement de ma famille, peur de me tromper, de ne pas être à la hauteur, peur du changement, mais peur que rien ne change aussi. Et j’ai peur de Paul maintenant. Si seulement il voulait aller chercher de l’aide. Mais il trouve que c’est moi qui suis trop sensible et que je m’en fais pour rien. Il n’y a pas de problème d’après lui. Je suis tellement déprimée. Je ne vois plus d’issue. Parfois je me dis que s’il n’y a que moi qui suis malheureuse dans la maison, c’est peut-être que Paul a raison. Alors, j’essaie de me concentrer sur les bons côtés de ma vie, mais ce n’est pas facile tous les jours. En terminant, je te remercie de m’avoir transmis les coordonnées des maisons d’aide et d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants. Mais, j’hésite à appeler. Les intervenantes ont certainement des situations plus urgentes que la mienne à régler. Mais je les garde à portée de la main. On ne sait jamais. Merci de te préoccuper de ma santé et de ce que je vis en ce moment. Tu es une véritable amie et je sais que je peux compter sur ton aide et ta franchise Sylvia
réponse lettre à une amie 4Ma très chère Sylvia, Je comprends ta grande fatigue et le fait que ta t&ec...
Ma très chère Sylvia, Je comprends ta grande fatigue et le fait que ta tête semble bien prise par tout ce que tu vis. Bien sûr, j’aurais aimé que tu te joignes à nous pour cette mémorable soirée. Je nous y voyais déjà comme deux petites filles au collège s’évadant de la surveillance parentale pour une soirée entre amies. Mais je respecte ton choix. Tu me diras si je me trompe, mais est-ce pour éviter une confrontation avec Paul que tu préfères renoncer à cette soirée si attendue? Je comprends que tu puisses te demander où trouver l’énergie de le convaincre de te laisser passer une soirée avec tes amies. Sans parler de sa réaction possible au retour. Cela dit, je ne crois pas que de voir un psychologue ou un prêtre ensemble pourrait faire un changement dans ta situation. C’est Paul qui a un problème de violence et toi tu en écopes en étant victime de ses comportements. En voyant tes interrogations, j’ai compris que si je voulais t’aider, te supporter, je devais aller chercher de l’information et surtout ne pas fermer les yeux. Sur mon petit guide que je me suis procuré à la clinique médicale la semaine passée, il y avait le numéro de téléphone d’une ligne d’écoute 24h. J’ai donc contacté une maison d’hébergement qui vient en aide aux femmes et aux enfants qui sont victimes de violence conjugale. Une intervenante a répondu à mes questions et m’a appris que lorsqu’une femme vit de la violence conjugale, il arrive souvent que ses maux se traduisent physiquement. L’insomnie, la fatigue, l’anxiété, la dépression et les séquelles liées aux coups reçus sont malheureusement monnaie courante. Alors, lorsque j’ai lu dans ta lettre toutes les émotions contradictoires qui t’habitent, ton manque de sommeil et d’énergie, j’ai encore mieux compris comment tu peux te sentir. L’intervenante m’a appris que ce sont là quelques-unes des conséquences qu’a la violence conjugale sur la santé des femmes. Crois-tu mon amie que la violence que tu subis et que tu constates pourrait avoir de plus en plus d’impacts sur ta santé ? Je comprends à quel point ça peut être difficile pour toi de t’avouer que Paul a des comportements violents et que ton mariage n’est pas ce que tu t’étais imaginé au départ. Quel dilemme tu dois vivre au quotidien ! Je comprends toute l’ambivalence que cela peut te faire vivre, de même que le sentiment de honte et les questionnements qui te torturent. Tu sais Sylvia, j’ai vraiment l’impression que ton corps te parle, qu’il te demande de réagir. Je suis inquiète pour ta santé physique, mais aussi psychologique. Pourquoi tu n’irais pas consulter Dr Emeryse, elle est si prévenante. Peut-être que, lorsque tu te sentiras prête, tu pourrais contacter une maison d’aide et d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale. Je suis certaine qu’elles pourront être à ton écoute et te soutenir dans ta réflexion. Je te laisse des numéros de téléphone au besoin. Avec amour et compréhension. Élyse xxx
lettre à une amie 4Ma chère Élyse, J’ai beaucoup pleuré en lisant ta dernière le...
Ma chère Élyse, J’ai beaucoup pleuré en lisant ta dernière lettre. Si j’ai tant tardé à te répondre, c’est que depuis, on dirait que je n’arrête pas de me poser des questions et d’analyser tout ce qui se passe autour de moi. Pour en avoir le coeur net, j’ai été dans un CLSC près du bureau et j’ai pris discrètement un exemplaire du guide « Brisez le silence ». Au retour, je me suis installée au fond de l’autobus et je l’ai lu. J’avais l’impression qu’on racontait mon histoire et j’ai trouvé ça très troublant et dérangeant. Tu sais, j’ai honte à l’idée que je pourrais être une victime et que l’homme que j’aime serait violent. En même temps, j’éprouve du réconfort à pouvoir mettre des mots sur ce que je vis et trouver un sens aux émotions contradictoires qui m’envahissent. Mais, je dois prendre le temps de penser à tout cela, je suis confuse. Je ne suis pas certaine que ma situation soit si grave. Il y a des femmes plus à plaindre, non? C’est vrai que j’ai de plus en plus peur des réactions imprévisibles de Paul. Je suis blessée par ses méchancetés lorsqu’il est en colère. Mais il n’est pas toujours comme ça. D’un autre côté, si c’est vraiment de la violence conjugale que je vis, qu’est-ce que je devrais faire? Crois-tu que les choses pourraient s’améliorer si je consultais un psychologue ou un prêtre? Paul n’a pas confiance dans ces gens-là et j’hésite à lui en parler. Mais, il faut que je trouve une solution, ça ne peut plus durer comme ça. C’est peut-être le manque de sommeil qui me rend plus émotive et sensible. Tu sais, je fais de l’insomnie depuis des semaines et je commence à ressentir de l’épuisement. La fatigue me rend nerveuse. Je suis tendue comme un arc. Encore hier, j’ai fait un tel saut lorsque Paul est arrivé derrière moi que j’en ai échappé l’assiette que j’essuyais. Je suis tellement maladroite parfois. Paul peut bien s’énerver contre moi, je casse tout et je pleure pour rien. Je ne me reconnais plus moimême. J’espère que tu ne m’en voudras pas si je te fais faux bond pour la soirée retrouvailles, mais je ne pense pas y aller finalement. Je n’en ai plus tellement envie. Je dois me reposer. J’ai déjà besoin de toute mon énergie pour arriver à boucler ma semaine de travail, mes tâches ménagères et mon rôle de maman. Je n’ai même plus la force de faire mes exercices quotidiens ou de lire un peu avant de m’endormir. Je n’arrive plus à me concentrer et on dirait que je relis la même phrase à répétition, c’est déprimant. Alors, je limite mes activités sociales pour économiser mes forces. De toute façon, je ne serais pas de très bonne compagnie. Déjà à la maison, Paul me trouve bien ennuyante. Il n’y a que mon petit Samuel pour dire que sa maman est amusante lorsque nous jouons tous les deux avant le retour de Paul. C’est le soleil de ma vie cet enfant. Et me voilà encore émotive ! Merci de ta grande patience Élyse. Je t’embrasse. Sylvia
réponse lettre à une amie 3Bonjour Sylvia, Oui, j’ai bien reçu l’invitation pour le souper retrouvailles. J’a...
Bonjour Sylvia, Oui, j’ai bien reçu l’invitation pour le souper retrouvailles. J’aimerais beaucoup que tu puisses te libérer et qu’on y assiste ensemble. Je m’ennuie tellement de nos petits moments que l’on partageait ensemble. En plus, il me semble que ça te ferait du bien de sortir et de revoir nos vieux ami(e)s. Ça te changerait de ce quotidien qui me parait être de plus en plus lourd pour toi. L’autre jour, en allant à la clinique, je suis tombée sur un document traitant de la violence conjugale. J’ai tout de suite eu une pensée pour toi. Je l’ai pris et me suis mise à le lire dans la salle d’attente. Cette petite brochure intitulée « Briser le silence » m’a bouleversée, tant j’y voyais des similitudes avec ton histoire. On y parlait des formes de violence, mais surtout de l’installation d’un cycle qui caractérise la violence dans un couple. Ça m’a tellement rappelé ta dernière lettre que je m’y suis reprise par deux fois pour le lire. Au départ on y parle d’une forme de lune de miel. À ce moment, dans le couple, tout semble sous contrôle et le plaisir est présent. Ça me semblait être les bons moments que tu me racontes vivre avec Paul lorsqu’il est attentif à tes besoins et ce qui fait que tu l’aimes tant. Mais, petit à petit, s’installe une tension dans la maison, sous prétexte souvent que les choses ne sont pas faites comme Paul le voudrait. Ça m’a rappelé les incidents où tu me disais que tout doit être fait à sa façon et que tu ressens un malaise à l’idée de lui déplaire. On y écrivait que cette tension peut se manifester de plusieurs façons : longs silences qui torturent, absences prolongées qui inquiètent, menaces, ton agressif, gestes brusques. Je le vois bien que lorsque tu sens un climat de menace et de tension, tu tentes par tous les moyens d’apaiser Paul. Lorsque tu surveilles tes gestes et tes paroles pour éviter de le contrarier ou que tu calmes Samuel pour ne pas qu’il dérange. N’as-tu pas parfois l’impression de tout faire pour t’ajuster à ses besoins ou d’être insécurisée par ses brusques changements d’humeur? Je sens que malgré cela, la peur est présente. Paul te semble perdre le contrôle de lui-même. En fait, il est aussi mentionné que c’est une prise de contrôle sur l’autre qui caractérise la violence conjugale. J’imagine bien à ce moment à quel point tu peux te sentir dépassée, démunie, découragée. J’ai cru comprendre dans tes lettres qu’après une agression, Paul veut se réconcilier. Il te demande pardon, te complimente et t’offre des cadeaux. Souvent, j’ai l’impression qu’il te laisse croire que c’est à cause de toi, du stress, du travail, du petit, ou même d’une soirée de retrouvailles qu’il a éclaté. À cause de tout, sauf de lui-même. Devant ces justifications, peut-être crois-tu qu’en modifiant tes comportements ou ton attitude, la violence va se résorber? J’ai vraiment la conviction que tu te nourris d’espoir que ça change et je te comprends d’espérer, mais, comme tu me l’as écrit dans ta dernière lettre, les bonnes résolutions durent de moins en moins longtemps. Sylvia, tu es importante pour moi et je ne veux surtout pas te dicter ta conduite, mais tu mérites une vie sans violence. Tu sais, tu n’es pas seule dans ta situation, beaucoup de femmes et d’enfants souffrent en silence. Garde ton courage Sylvia, j’ai confiance en toi. Je suis ton amie et je suis là. Élyse xxx
lettre à une amie 3Bonjour Élyse, Je me suis sentie un peu mal en lisant ta lettre. Je suis sensible ...
Bonjour Élyse, Je me suis sentie un peu mal en lisant ta lettre. Je suis sensible à ton inquiétude pour moi, mais je pense t’avoir donné une mauvaise impression de Paul et de ma relation avec lui. Je ne voudrais pas que tu penses du mal de Paul. Depuis ma dernière lettre, nous avons beaucoup discuté lui et moi. Il m’a même offert des fleurs pour s’excuser de son brusque mouvement d’humeur. Il avait passé une mauvaise journée et je n’ai pas choisi le bon moment pour lui parler. Toute la semaine, il a été aux petits soins pour moi. Comme je m’étais foulé la cheville en tombant, il a demandé à sa mère de venir s’occuper de Samuel. Il est plus attentionné que jamais. Finalement, je vais refuser la promotion qu’on m’offre. Ce n’est peut-être pas une si mauvaise chose d’avoir un autre enfant maintenant. J’avais juste abandonné l’idée. Si Paul a mûri et qu’il est prêt, je devrais m’en réjouir. En plus, en congé de maternité je pourrais aider Paul pour sa comptabilité et j’aurais plus de temps pour Samuel. En passant, je me demandais si tu avais reçu l’invitation pour la soirée retrouvailles. La lettre est arrivée chez ma mère hier et elle est venue me l’apporter. J’étais heureuse de cette occasion de revoir mes amis de collège, mais j’hésitais à dépenser pour une robe de soirée. Maman a dit : « Ça va te faire du bien de sortir pour une fois! ». Paul n’a rien dit, mais il est sorti en claquant la porte et nous avons encore eu une terrible dispute après le départ de ma mère. Ensuite, il s’est excusé d’avoir crié une fois de plus et de m’avoir fait pleurer en brisant mon vase préféré. Il pensait que je m’étais plainte à maman. Je ne ferais jamais ça ! C’est déjà l’enfer lorsqu’ils se voient tous les deux et c’est toujours moi qui se retrouve prise entre l’arbre et l’écorce. Je ne pense pas que maman voulait mal faire, mais je vais lui dire de faire plus attention à ses paroles. Je ne lui parlerai pas de la chicane pour ne pas l’inquiéter. J’espère que Samuel n’a rien entendu. Il jouait dans sa chambre quand c’est arrivé. Il est si sensible mon petit garçon. Je ne veux pas qu’il ait peur que nous divorcions comme les parents de son ami. Comme dit ma belle-mère, les gens se séparent pour un rien de nos jours. Il faut mettre de l’eau dans son vin pour qu’un couple dure. Mais en t’écrivant, je me rends compte que je suis tannée d’être seule à mettre de l’eau dans mon vin. Quand Paul explose, il s’excuse et s’en veut. Il peut être si gentil. Mais ses bonnes résolutions durent de moins en moins longtemps et tout est à recommencer. Je me sens un peu découragée, mais ça me fait du bien de pouvoir parler de tout ça avec toi. Tu es une amie précieuse et je vais essayer de me libérer pour passer te voir dès que possible. Et ne t’inquiète pas, je serai vigilante. À bientôt, Sylvia
réponse lettre à une amie 2Ma grande amie, Si tu savais comme tu ne m’embêtes pas avec tes incertitudes. Ce qu...
Ma grande amie, Si tu savais comme tu ne m’embêtes pas avec tes incertitudes. Ce qui m’embête, c’est de te voir dans cette situation, de savoir que tu n’es peut-être pas aussi bien dans ta relation que les gens le pensent. Tu sais, avec moi tu peux être toi-même, sans artifice, ni filtre. Tu n’as pas à faire d’effort pour que ta prochaine lettre soit plus positive, si ce que tu vis est difficile. Tu peux avoir confiance en moi, je ne parlerai pas de ce que tu me confies si tu ne m’en donnes pas l’autorisation. Cependant, je crois sincèrement que tu ne devrais pas rester seule avec tout cela. Comme je te l’ai déjà mentionné, je ne pense pas que ce soit bon pour toi et Samuel de vous isoler dans cette situation. Cela dit, je suis contente que notre petite escapade au restaurant t’ait fait du bien. Tu m’as semblé si tourmentée! Je comprends mieux pourquoi après avoir lu ta dernière lettre. Tu mériterais tant que l’amour que tu donnes te soit remis en retour, mais je ne crois pas que c’est ce qui t’arrive. En réponse à une promotion qui te sourit, tu reçois coups et reproches au lieu des encouragements auxquels tu serais en droit de t’attendre. Je ne sais pas à quel point la bousculade que Paul a provoquée était accidentelle, je me questionne sur ses intentions. J’ai bien peur que la marge entre te pousser violemment et te frapper directement soit mince. La violence qu’elle soit verbale, psychologique ou même économique est tout aussi dommageable que la violence physique. Je ne sais pas si j’ai tort de m’en faire à ce point, mais je suis inquiète pour toi. Après la bousculade, tu as cru qu’il allait te frapper! Tu dois écouter tes instincts. Sérieusement, je crains qu’un jour il en arrive à être violent physiquement avec toi. La violence, sous toutes ses formes est inacceptable. Comme ça, Paul voudrait un autre enfant ? Tu ne trouves pas étrange qu’il ait attendu que tu parles d’accepter cette proposition avant d’aborder le sujet d’agrandir la famille? Il sait bien, car il est intelligent tu me l’as dit, qu’il te serait difficile de concilier cette promotion avec une nouvelle grossesse. C’est drôlement une bonne façon de te faire changer d’idée et de briser ta détermination. Pourtant, quand tu as voulu un deuxième enfant, il y a 3 ans, il ne voulait rien savoir. Je ne sens pas que Paul te respecte dans tes décisions, ni même qu’il te laisse le libre choix sur des sujets aussi importants. As-tu mis un frein à ses ambitions, toi? Non, tu as même investi ton héritage dans son projet d’entreprise. Il te fait vivre beaucoup de pression, non ? Je vois bien les efforts que tu es prête à mettre dans ton couple, mais à quel prix Sylvia? Tu passes à la maison quand tu veux, ma porte t’est grande ouverte! Élyse xxx
lettre à une amie 2Chère Élyse, Comme toujours, notre rencontre au restaurant m’a fait é...
Chère Élyse, Comme toujours, notre rencontre au restaurant m’a fait énormément de bien. Tu me connais si bien. En discutant avec toi, j’ai pris conscience à quel point je tenais à cette promotion. C’est vrai que je travaille dans ce but depuis des années. J’ai enfin réussi à faire reconnaître mes compétences et à prouver qu’une femme peut réussir dans ce domaine. En te quittant, j’étais gonflée à bloc. Après le souper ce soir-là, j’ai décidé de parler à Paul de ce que ce poste représente pour moi. Il m’a écoutée sans dire un mot et sans me regarder. J’ai eu l’impression qu’il était contrarié et mon enthousiasme a fait place à l’inquiétude. Quand je lui ai demandé ce qu’il en pensait, il m’a dit que je ferais mieux d’aller coucher mon fils avant qu’il ne dérange les voisins avec ses jeux. J’ai été un bon moment avec Samuel, car il a du mal à s’endormir depuis quelques mois. Finalement, lorsque je suis revenue au salon, Paul m’a dit qu’il était extrêmement déçu de voir que je faisais passer ma carrière avant ma famille. Il m’a crié que je devais bien peu les aimer pour les priver de ma présence pour un peu d’argent. J’étais consternée qu’il interprète mon désir d’avancement de cette façon. Je l’ai assuré de mon amour et j’ai voulu le prendre dans mes bras, mais il m’a repoussée brusquement. J’ai perdu l’équilibre et je me suis fait mal en tombant accidentellement sur la table à café. Quand j’ai levé les yeux vers lui, j’ai cru un instant que Paul allait me frapper. Mais je me trompais, bien sûr. Il m’a aidée à me redresser et s’est excusé de m’avoir poussée. Il m’a prise dans ses bras et m’a avoué en pleurant qu’il souhaitait avoir un deuxième enfant. Il m’a dit que Samuel serait heureux d’avoir un petit frère, que j’étais une mère formidable et que cette promotion arrivait à un bien mauvais moment. Nous avons fini la soirée dans les bras l’un de l’autre en oubliant de prendre des précautions. Bref, je ne sais plus où j’en suis. Je ne savais pas que Paul voulait un autre enfant. C’est vrai qu’une grossesse serait difficile à concilier avec ce nouveau poste, au moins pour la première année. Làdessus, il n’a pas tord. Mais tu sais, ce n’est pas pour l’argent que j’aurais voulu accepter. On ne roule pas sur l’or et une augmentation aurait été bienvenue, surtout que mon petit héritage de ma tante a été investi dans le projet d’entreprise de Paul, mais j’aime ma famille et je suis prête à me priver de luxe pour les rendre heureux. J’ai de la peine de savoir que Paul en ait douté à cause de moi. Excuse-moi de t’embêter encore avec mes incertitudes Élyse. Ne t’en fais pas, ça va aller maintenant. Ça m’a fait du bien de t’écrire, mais n’en parle à personne s’il te plait. Je vais faire un effort pour que ma prochaine lettre soit plus positive. Amicalement, Sylvia
réponse lettre à une amieSalut Sylvia, J'ai été agréablement surprise d'avoir de te...
Salut Sylvia, J'ai été agréablement surprise d'avoir de tes nouvelles la semaine dernière. Je repense avec beaucoup de nostalgie à nos petits cafés lattés sur le pouce, c'était le bon vieux temps. J'étais émue lorsque j'ai lu que je te manquais, car moi aussi tu me manques. Je me demandais bien ce qui te poussait à refuser toutes mes invitations, tu m'as semblée si hésitante au téléphone la dernière fois... Je suis contente de voir que ça semble relativement bien aller pour toi. Elle est enfin arrivée cette promotion que tu attendais depuis tant d'années ! Je savais que tu y arriverais. À te dévouer comme tu le fais, tu le mérites bien. Et ton petit bonhomme qui a déjà 5 ans, on dirait que c'était hier que tu m'annonçais que tu attendais un bébé... Avec ta grossesse, le déménagement et le mariage la même année, j'en ai perdu des petits bouts. Je te sentais tellement stressé, j'avais l'impression que tu étais pour t'écrouler sous la pression. Tu sais Sylvia, je sens le besoin de te parler de quelque chose qui me chicote depuis longtemps. En fait, encore plus depuis que j'ai reçu ta dernière lettre. J'ai des malaises lorsque je pense à ce que tu m'écris de ta relation avec Paul. Je ne te cacherai pas que ça m'inquiète lorsque tu me dis que Paul s'énerve lorsque les choses ne sont pas faites à sa façon. Qu'entends-tu par « il s'énerve », ça me questionne ? Je suis tellement étonnée de voir à quel point tu es isolée depuis quelque temps. Ça ne te ressemble pas de limiter les contacts, encore moins pour éviter la tension. C'est un trait de caractère que je ne te connaissais pas. Et toi, mon amie là-dedans! Ça me peine que ma grande complice m'écrive qu'étant donné que son chum a du goût et est « bien plus intelligent qu'elle », qu'il est normal qu'il ait le contrôle sur tout. Le budget, les sorties et même son HABILLEMENT!!! Il semble avoir beaucoup d'emprise et de contrôle sur toi, sur TA vie. Où est passées ton attitude positive et ta confiance en toi à toute épreuve ? Comment en es-tu arrivée à te questionner sur cette promotion que tu attendais depuis si longtemps ? Vas-tu remettre en question ce rêve de jeunesse ? Tu as peur que Paul réagisse mal à ta décision. Que crains-tu exactement ? Tu as raison, il faut vraiment qu'on se rencontre pour en discuter. Tu sais Sylvia, tu es une amie précieuse pour moi et si je te parle de tout ça, c'est que je m'inquiète pour toi. Je ne pourrais être une amie digne de ce nom et fermer les yeux sur ce que j'entends. J'aimerais que tu restes vigilante. S'il y a des choses qui t'inquiètent ou qui te troublent, tu peux compter sur moi. Ne reste pas seule avec tes craintes, tes peurs, tes questionnements. Élyse qui t'aime xxx
lettre à une amieBonjour Élyse, Comment vas-tu? Je suis heureuse d'avoir eu de tes nouvelles. ...
Bonjour Élyse, Comment vas-tu? Je suis heureuse d'avoir eu de tes nouvelles. Ça me touche de savoir que tu penses parfois à moi et j'espère que tu ne m'en veux pas d'avoir négligé notre amitié. Les circonstances de la vie m'ont amenées à refuser plusieurs invitations depuis quelque temps, mais tu m'as vraiment manqué Élyse. Je repense souvent à notre conversation la veille de mon mariage. Paul et moi avions surpris tout le monde en nous mariant si tôt après notre rencontre. J'étais un peu inquiète de faire le grand saut, mais Paul et moi étions tellement amoureux. Comme le temps passe... Mon petit Samuel a déjà cinq ans. On passe beaucoup de temps en famille tous les trois. D'ailleurs, ma mère trouve qu'elle ne me voit pas souvent. Tu te souviens comme nous étions proches elle et moi. Mais mes parents ne s'entendent pas avec Paul et j'essaie d'éviter la tension en limitant les contacts. Paul est toujours aussi protecteur avec moi. Il me téléphone plusieurs fois par jour et s'inquiète s'il ne peut pas me joindre. Tu sais, il a eu des relations amoureuses difficiles. Il a besoin que je lui prouve que je l'aime et qu'il peut me faire confiance. Paul est organisé et responsable. Il a pris en main nos finances et je n'ai plus qu'à m'occuper de Samuel et de la cuisine après le travail. Paul a dû demander à sa mère de m'apprendre ses recettes, car je n'étais pas douée en cuisine. Il a bien rit de moi au début. C'est sûr qu'il a ses petites manies. Il faut toujours que les choses soient faites à sa façon dans la maison, sinon il s'énerve. Mais il a un goût sûr et il est bien plus intelligent que moi. Cette année, nous faisons des économies car Paul projette de démarrer son entreprise. Mes collègues trouvent que j'accorde moins d'importance à mon apparence, mais, comme dit Paul, je n'ai pas besoin de me faire belle pour aller travailler. Lui m'aime au naturel et je n'ai personne d'autre à qui plaire. De toute façon, je sors peu. Bref, tout va bien. Je n'ai pas à me plaindre, mais j'avoue que je me sens seule. J'aimerais te revoir. Contacte-moi au bureau; à la maison Paul débranche le téléphone pour être tranquille et il oublie souvent de me transmettre les messages. Nous pourrions dîner ensemble et discuter. Tu sais, j'ai une grande décision à prendre et j'aimerais avoir ton opinion. On m'offre une promotion, mais Paul ne pense pas que ce soit une bonne idée pour notre couple, car je devrais participer aux réunions du conseil un soir pas mois. Il dit qu'il gagne assez d'argent pour nous faire vivre et que toutes ces responsabilités me pèseraient. Le poste me tente pourtant. Ce serait un beau défi, une manière de prouver de quoi je suis capable. Mais, j'ai peur que Paul réagisse mal. Enfin, nous en parlerons une autre fois. Je pense à toi Élyse et j'ai hâte de te revoir. Ton amie sincère Sylvia
action contre la tarification dans le système de santéManifestation publique le 3 novembre, en face de l’Estaminet (coin Amyot et Lafontaine) de...
Manifestation publique le 3 novembre, en face de l’Estaminet (coin Amyot et Lafontaine) de 11h à 13h15. Distribution de tracs « Contre la tarification et la privatisation du système de santé! » aux automobilistes et aux passantEs. Café et bouillon vous serons servis sur place. Faites du bruit! En assemblant des pots de pilules de façon créative (sur un bâton de marche, en collier, ceinture, etc.) et en les remplissant de pois sec, ils deviendront des instruments de musique pour égailler la mobilisation! En espérant vous voir en grand nombre, Indignons-nous !
Journée nationale des Centres de FemmesAujourd'hui, le 04 octobre, journée nationale des centres de femmes, sous le t...
Aujourd'hui, le 04 octobre, journée nationale des centres de femmes, sous le thème "Féministe pour le plaisir",venez rencontrer l'équipe de travail et prenez connaissance de notre programmation. Profitez de ce moment pour accompagner une amie, une soeur ou encore votre mère. Une petite collation vous sera servie et vous aurez la chance d'assister à un atelier sur le féminisme.
Groupe d'achat de café équitableUne fois par mois vous pouvez faire une commande de café. Une grande variét&...
Une fois par mois vous pouvez faire une commande de café. Une grande variété est offerte, et ce, en différentes mouture. Chaque sac est d'une livre et se vend 12,50$, les profits vont à l'organisme.